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« Tempus » - chapitre 1 : « Prélude : Sur les terres de Vercingétorix (1) » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Tempus », par Bryaxis - - - > Chapitre 1 : « Prélude : Sur les terres de Vercingétorix (1) » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 12/02/2010 à 16h49 - Mise à jour : avant-hier à 15h44 - Commentaire(s) : 15 - Lecture(s) : 2285 - Chapitre(s) : 39 - Mots : 35933 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 2 Publié : le 12/02/2010 à 16h49 - Modifié : le 13/02/2010 à 00h36 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 640 - Mots : 1278

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Tempus

Résumé : De l'Alesia moderne à l'antique Aliisia, il n'y a qu'une nuit mystérieuse... Des reconstitutions modernes à la réalité de l'empire romain il y a un monde... Un fait que n'ignoraient pas quatre jeunes gens mais dont ils sous-estimaient sans doute les conséquences...

Prélude : Sur les terres de Vercingétorix (1)

Alise Sainte Reine, 15 septembre 2012

La plaine était couverte de tentes et d’échoppes au milieu desquelles déambulaient les curieux. Le soleil brillait haut et fort au-dessus de la Bourgogne en ce jour de septembre. Le petit village d’Alise Sainte Reine grouillait d’animation. Les touristes se promenaient entre les ruines gallo-romaines et les animations organisées par les associations de reconstitution historique.

Dans un pré, au pied de la palissade de César reconstituée, des légionnaires s’entrainaient au lancer du lourd pilum et à la manœuvre de la tortue sous les regards amusés des guerriers gaulois et des spectateurs, lesquels attendaient surtout la bataille entre les deux groupes.

A quelques mètres de là un orfèvre s’activait sur son four portable pour faire fondre l’or, l’argent, le bronze et le cuivre destinés à la fabrication de bijoux que sa femme vendait à ses côtés. L’échoppe voisine vendait de petites céramiques et un peu plus loin c’était un marchand de vin et d’hydromel qui vendait ses produits issus des champs expérimentaux dans lesquels des archéologues s’efforçaient de reproduire les techniques antiques et de retrouver les saveurs d’autrefois.

Habits d’antan et tenues contemporaines se mélangeaient, tuniques et robes chatoyantes côtoyant les jeans et les T-Shirt. Parmi les gens costumés figuraient les tenants de la mode gauloise, avec leurs braies et leurs chemises de laine ou leurs longues robes faites d’une pièce, leurs torques et les fibules ornées de triscèles. Il y avait également les amateurs de la mode romaine, avec leurs tuniques blanches ou teintes, leurs toges, leurs robes de laine ou, pour certaines, de soie.

La journée porte ouverte du site de la célèbre bataille d’Alesia était un succès aux yeux de ses organisateurs. Plusieurs organisations de reconstitution avaient fait le déplacement depuis Bavais, Arles et Bordeaux notamment : le rassemblement était la plus grande fête antique jamais organisée en France. L’ouverture du nouveau musée du site était évidemment pour beaucoup dans ce succès de foule.

Parmi les visiteurs se trouvait Marc Lefèvre, anthropologue de l’Université Paris I Sorbonne et membre de l’association Branno Teuta, une bande d’amis parisiens bien décidés à faire revivre leurs ancêtres les gaulois avec un grand souci de l’authenticité. Spécialiste des pratiques cultuelles de l’Europe protohistorique, l’association l’avait évidemment désigné comme étant le druide. Mais un vrai druide, un sage formant la jeunesse et s’assurant de la bienveillance des dieux, loin de l’image farfelue donnée par les néo-druidistes anglo-saxons allant sacrifier à Stonehenge lors de chaque équinoxe… D'ailleurs pour Marc, chrétien pratiquant, cette fonction était plus une forme d'étude pratique qu'une véritable foi.

A ses côtés se trouvait Julie Dupuis, une infirmière de vingt-sept ans et sa compagne depuis cinq mois. Elle aussi vêtue à la gauloise, elle s’occupait généralement de l’intendance de l’association. Ils s’étaient rencontrés lors d’un autre festival antique et avaient immédiatement ressentit le coup de foudre l’un pour l’autre. Leurs amis disaient qu’ils étaient faits pour vivre ensemble et, jusqu’à présent, tout semblait indiquer que c’était effectivement le cas…

Ils s’étaient arrêtés devant l’échoppe de deux forgerons. Sur la table dressée devant la tente qui leur servait de boutique étaient exposés divers objets : fibules, bagues, colliers et même deux massifs torques de bronze formaient la collection de bijoux proposés aux chalands, quelques statuettes plus importantes et des petites coupes décorées étant également proposées à la vente. L’un des artisans était concentré sur le bronze en fusion qu’il faisait couler dans un petit moule de terre cuite, utilisant la technique millénaire de la fonte à la cire perdue. Son comparse était lui occupé à marteler une plaque de bronze appelée à devenir un chaudron riveté.

Les deux hommes étaient des amis de Marc et de Julie. Maxime Guivers, le fondeur, archéologue spécialisé dans l’étude des techniques et des sciences anciennes, travaillait dans la même équipe de recherche que Marc. A ses yeux il ne pouvait y avoir de meilleure étude des techniques antiques que la pratique et il avait acquis une certaine expérience dans l’artisanat qu’il mettait maintenant à profit pour la rédaction de sa thèse sur les fondeurs gallo-romains. Le travail du métal lui avait donné une carrure d'athlète qu'il soignait en allant régulièrement à la salle de fitness. Beau brun, il était aussi le séducteur du groupe même si ses conquêtes ne duraient jamais très longtemps.

L’autre artisan était un historien belge, Pierre Lemestre, un spécialiste de la logistique des armées antiques qui venait de passer son doctorat à l’EPHE. Il avait endossé une tunique romaine pour le week-end et assistait son ami en préparant les tôles ou en posant des rivets. Lorsqu'il n'était pas plongé dans l'étude de l'Antiquité il dévorait les ouvrages de science-fiction et de fantasy, auxquels il faisait souvent allusion dans ses conversations. Des quatre il était le plus solitaire, préférant le calme de sa vaste bibliothèque privée à la foule et il s'était fait un peu prier avant d'accepter de prendre part aux festivités.

Ils étaient venus ensemble depuis Paris à bord de la camionnette de Maxime et logeaient dans la partie arrière de l’échoppe. Hélant Pierre en latin, langue que les trois garçons maitrisaient bien et que Julie apprenait encore, Marc lui demanda si les affaires marchaient bien.

S’essuyant le front en souriant, Pierre répondu que, loué soit Mercure, les choses allaient bien : ils avaient déjà vendu plusieurs objets et les festivités n’avaient débuté que depuis une heure.

Prenant une gourde en peau de chèvre, il s’offrit une rasade d’eau avant de se remettre à l’ouvrage. Tout en travaillant il continua à discuter avec Marc et Julie. La journée s’annonçait longue…

La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà et les allées s’étaient vidées. En divers points de la plaine s’élevaient de grandes flambées autour desquelles les amateurs de reconstitution historique s’étaient réunis pour rôtir des pièces de viande ou faire chauffer des chaudrons de soupes et de bouillons divers, le tout accompagné de chants, de musique, de danses et de vin ou d’hydromel. Après la journée consacrée aux touristes, c’était un moment de détente et de plaisir pour les artisans, les légionnaires et tous ceux qui avaient contribué à faire de cette journée un succès. Autour des feux aussi leurs enfants qui contemplaient les yeux grands ouverts les flammes ou qui, au contraire, s’étaient endormis à la chaleur des feux.

Un légionnaire annonça la quatrième heure de la nuit et les quatre amis décidèrent de quitter l’ambiance du feu de camps pour regagner leur tente. Dans le ciel les étoiles semblaient être progressivement voilées par des nuages et le vent commençait à se lever. Tous espéraient que ce n’était pas là le présage d’un dimanche pluvieux.

Une fois à l’abri des pans de toile, quelques objets bien contemporains restés masqués tout au long de la journée furent sortis des sacs. Marc déchargea dans son pc portable la carte mémoire de son appareil photo numérique tandis que Julie allumait son GSM pour voir si elle ne devait pas répondre à l’une ou l’autre urgence. Pierre, lui, avait sortit une lampe de poche et s’était mis sur sa paillasse pour lire quelques pages de « L’île mystérieuse » de Jules Verne. Maxime, lui, était allé se brosser les dents au bloc sanitaire.

Après environ une heure tout le monde se coucha sur les couvertures de grosse laine posées sur

une couche de foin. A l’extérieur, le vent semblait prendre de la force et faisait battre la toile d’une tente voisine mal fermée. Pourtant tous s’endormirent sans problèmes.

Vers la huitième heure de la nuit la tempête se leva. Sur la colline exposée le vent se déchaîna, le tonnerre gronda et la foudre frappa. Plusieurs tentes s’envolèrent, d’autres furent inondées. Une avait même totalement disparu…


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