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« Debout, peuple nain ! » - chapitre 23 : « Baruther » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Debout, peuple nain ! », par Kventino - - - > Chapitre 23 : « Baruther » -
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 19/05/2008 à 20h57 - Mise à jour : le 24/10/2008 à 22h13 - Commentaire(s) : 10 - Lecture(s) : 2527 - Chapitre(s) : 24 - Mots : 21832 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 1 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 04/09/2008 à 00h16 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 49 - Mots : 1245

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Baruther

C'était un grand jour : cela prouvait que notre groupe grandissait, que c'était désormais une formation importante. Aujourd'hui, un an après la première rencontre entre Cell et Namdy, nous allions changer complètement l'organisation de notre réseau, ou plutôt, nous allions créer une organisation jusqu'ici inexistante. Depuis que Cell avait créé son groupe, il avait grandi un peu au hasard, au gré des arrivées. Désormais, nous allions pouvoir être plus efficaces.

Au départ, le groupe de Cell était actif dans le gouvernorat d'Herniant, et particulièrement dans et autour de la capitale. Mais il avait connu un succès grandissant, si bien que nous étions en mesure d'agir partout dans le pays, notamment grâce à l'arrivée d'autres groupes qui avaient envie de passer à l'échelon supérieur. Nous n'étions certes pas très nombreux, mais nous étions présents sur l'ensemble du territoire. Il fallait donc nous organiser par seigneuries, avec un « gouverneur-fantôme », et un comité central pour prendre les décisions. Même si nous n'étions pas hostiles aux idées de la base, il était très important que les initiatives viennent d'en haut : nous étions un groupe organisé, avec une réelle pensée, pas un agglomérat d'aventuriers indépendants les uns des autres. Nous ne pouvions pas nous permettre de payer pour les erreurs d'un groupe trop autonome.

Pour faciliter les prises de décision, il fallait un recensement complet des membres de l'organisation, avec engagement écrit de leur part : cela dissuaderait non seulement les espions, mais aussi les amateurs et ceux qui recherchaient juste un peu d'action. Ce recensement servirait, en plus, à évaluer les forces, et à organiser des élections de comités. Nous devions appliquer les principes que nous prônions, et ce dès maintenant : chacun aurait le droit d'intégrer le réseau et de voter, du moment qu'il s'impliquait. Les élections se dérouleraient par comité. Chaque chef de comité irait ensuite porter les bulletins au centre.

Il fallait maintenant décider où implanter le centre. Le plus logique serait Hernyant, mais c'était aussi là que nous avions le plus de chances de nous faire prendre. Pour l'instant, la solution qui tenait la corde était de s'installer à proximité des usines d'Elder, mais il y avait le risque de le compromettre. Apparemment, Cell avait découvert une mine désaffectée dans le Nord-Granmon, qui avait l'avantage de se situer au centre du pays, nous pouvions donc voir si l'endroit était convenable.

Ceci dit, nous n'avions pas seulement besoin d'une organisation locale, nous devions aussi nous organiser en fonction de notre rôle. Ainsi, Cell était responsable de la partie militaire, Elder devait trouver les financements et s'assurer du soutien de la bourgeoisie, je m'occupais du programme et des publications, etc. Elder nous avait conseillé d'intégrer le chef de son Conseil, un certain Vanis, et de lui confier la tâche de nous représenter auprès des ouvriers. Il me semblait un peu trop indépendant, mais il avait des idées intéressantes, et il semblait écouté des travailleurs. Nous l'avions en tout cas invité à la réunion.

Je leur avais communiqué toutes ces idées, et nous allions maintenant en discuter. Nous étions huit ; Namdy ne pouvait pas prendre part à la réunion, mais son état ne s'était pas aggravé. Je pris le premier la parole :

« - Bonjour à tous. J'imagine que je n'ai pas à expliquer pourquoi vous êtes là... Tout d'abord, certains le connaissent peut-être déjà, mais j'aimerais vous présenter Vanis. Il est le chef du Conseil de Travail de l'entreprise d'Elder. Vanis, voici Elder, que tu connais évidemment déjà, Cell, qui s'occupe des embuscades, et que tu as déjà dû croiser, et Tanas, Sisch, Iamée - la seule fille de notre comité pour l'instant - Nobi et moi, qui travaillons sur notre programme et nos revendications. Nous sommes donc là pour améliorer l'organisation du groupe, pour le rendre plus adapté à la situation actuelle et à nos buts. En effet, jusqu'ici, il s'était agrandi, il avait grossi, mais il ne s'était pas construit. Il faut lui donner une plus grande cohérence, le rendre plus homogène. Tout d'abord, il faut accentuer le mouvement d'unification des différents réseaux de résistance. Plusieurs groupes nous ont déjà rejoints, il faut continuer dans cette voie. Nous ne pourrons vaincre la monarchie qu'unis.

- À ce propos, » intervint Iamée, « tout le monde n'est pas d'accord sur le régime que nous voulons : acceptons-nous une monarchie parlementaire ou voulons-nous une république ?

- Les deux : notre but est d'instaurer une république. Cependant, si on nous propose une constitution avec l'instauration d'un véritable parlement, ce dont je doute, nous pouvons laisser le roi en place. De toute façon, si nous tenons le parlement, nous devrions pouvoir renverser la monarchie même sans révolution. Et nous n'en sommes pas là. Nous devons donc renforcer les liens avec les groupes restants, de façon à nous rendre indispensable sans être dépendant d'eux. Nous devons leur faire comprendre que notre intérêt est dans l'unité. Ceux qui refusent nos idées, qui ne veulent pas renverser le pouvoir absolu mais seulement que celui-ci leur revienne, ceux-là sont nos ennemis, au même titre que la noblesse. »

Cette fois, ce fut Sisch qui m'interrompit :

« - Certains nous trouvent trop généralisateurs envers la noblesse. D'après eux, nous voulons tuer tous les nobles, sans faire la différence entre les progressistes et les conservateurs...

- Si tu trouves un noble progressiste, je serai heureux de l'épargner. Regarde les rapports de Kasp : même d'après lui, la Cour est un endroit pourri de l'intérieur. » Elder sauta sur l'occasion de remettre le sujet sur la table

« - À propos, j'ai vu Kasp hier. J'ai pu lui demander s'il viendrait aujourd'hui, et il n'était même pas au courant. Est-ce normal ? Il ne serait pas bon qu'une des nos lettres, même codée, tombe dans les mains de la police... » Il ne continua pas, mais je savais ce qu'il voulait dire : « ...ou que tu le tiennes volontairement à l'écart. » Je marquai une pause puis lui répondis :

« - Nous parlerons de Kasp plus tard. Revenons donc au sujet. Nous n'avons rien contre les nobles en tant que tel, mais force est de constater qu'ils sont mauvais. Ils sont corrompus. Ce qu'on appelle la bonne compagnie est composée d'un tas d'hommes dont la conduite est propre à faire rougir la raison et gémir la vertu. Quand nous aurons renversé la monarchie, nous serons donc obligés de faire un grand ménage. Évidemment, il n'y aurait pas de bavures, mais je doute quand même que beaucoup de nobles en réchappent. »

Nous continuâmes de discuter ainsi de mes propositions. Leurs remarques portaient surtout sur des sujets annexes, des points du programme, et non sur les modifications en elle-même. Nous convînmes de généraliser les cours que nous donnions déjà à certains résistants, et d'organiser un vote - après le recensement - sur ces « réformes ». Ensuite, nous élirions les chefs de section - responsables de l'équivalent d'une seigneurie - et le comité central. Les coordinateurs au niveau des gouvernorats seraient élus par les chefs de section.

À la fin de la réunion, nous évoquâmes l'évolution de notre situation : grâce aux véhicules de combat d'Elder, les embuscades avaient repris, avec très peu de pertes. En revanche, plusieurs convois, avertis par le bruit du moteur, nous avaient échappé ; de plus en plus de nobles accusaient ouvertement Elder de nous soutenir, et Nusser ne montrait toujours pas de signe d'assouplissement, bien au contraire. Il affirmait vouloir défendre son royaume contre l'anarchie, sans voir que c'était son pouvoir tyrannique qui en était la cause. Le peuple n'était pas ingrat envers lui, supporter un tel despote aussi longtemps était même une marque de générosité. Mais Nusser ne voulait pas voir cela, il préférait clamer son soi-disant « bon droit ». Nouvelle plus joyeuse, les révoltes populaires, surtout paysannes, se multipliaient. C'était d'autant plus encourageant que nous disposions de « représentants » officieux dans beaucoup de villages, et qu'ils étaient consultés par les villageois sur la tactique à adopter contre les percepteurs et autres oppresseurs du peuple.


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