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« Le Grand Homme » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Le Grand Homme », par Skacky - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 18/12/2007 à 22h46 - Mise à jour : le 18/12/2007 à 22h46 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 563 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1960 - Complet : oui - AMR : 16 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 18/12/2007 à 22h46 - Modifié : le 19/12/2007 à 14h52 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 563 - Mots : 1960


Cette nouvelle est une de mes préférées, par son univers glauque et pourtant merveilleux, et surtout par le mystère planant autout de ce « grand homme » et de son étrange voyage à travers les montagnes gelées.
Pour la petite histoire, j'ai écrit cette nouvelle intégralement en cours d'anglais.

Bonne lecture !

Le Grand Homme

Résumé : Le calme froid de ce petit village niché au cœur d'un massif enneigé était vraiment idyllique, et se reposer au chaud était un pur délice. Seulement, ce grand homme habillé de noir m'intriguait, et je voulais percer son mystère.

Pendant mon séjour dans les montagnes enneigées et isolées, un homme de grande taille plutôt étrange avait attiré mon attention à de nombreuses reprises. Tout de noir vêtu, un chapeau noir et blanc ainsi qu'une écharpe rouge, cet homme se rendait régulièrement au château en ruines perché sur le flanc de la plus grande des aiguilles gelées du massif aiguisé. Bien qu'au début, et même après, ce ne fut pas bizarre, tout du moins je le pensais. Une des particularités de cet homme mystérieux était de ne jamais montrer son visage. Il ne parlait d'ailleurs jamais, depuis un accident de randonnée m'avait-on raconté. Billson, c'est son nom, était le genre de type renfermé sur lui-même et totalement seul, surtout depuis que son accident lui avait atrocement blessé le visage.

Au début, c'était une affaire réglée pour moi, mais la réalité était beaucoup plus terrifiante. Ce qui m'intriguais le plus chez ce Billson était qu'il se rendait toujours à piec jusqu'à ce monastère à flanc de pic, et qu'il y restait un temps aléatoire ; des fois deux heures, des fois quatre ou cinq jours. Je l'eus croisé quelques fois dans les rues froides du petit village couvert d'un épais manteau de neige, et ce qui m'avait le plus frappé était son souffle quasi-inexistant. De plus, il marchait et bougeait avec l'assurance de celui qui contrôle les armées horrible de l'enfer. Des villageois lui avaient proposé de nombreuses fois de l'accompagner jusqu'au petit château, mais à chaque fois cet énigmatique personnage refusait, en faisant toujours ce geste assuré et sans appel. Pour moi, il devait y aller prier, ou alors y faire une quelconque affaire douteuse avec les petits voleurs du coin, mais je m'imaginais toujours des scénarios tous farfelus les uns que les autres dans ma tête. Bien que l'on puisse penser que je fus un quelconque fou, ces idées étaient une hantise absolue et démente, et, malgré moi, je voulais réellement tirer ça au clair, juste pour calmer mon esprit un peu trop curieux.

Un matin particulièrement neigeux et froid, j'eus décidé de suivre discrètement le grand homme se rendant, comme à son habitude, jusqu'au monastère perché en haut des plus hautes montagnes. Le froid atroce et calomnieux dévorait sans relâche ma peau gelée lorsque je quittais le village encore endormi. Il faisait encore nuit quand je partis, suivant le grand homme. Je me tenais en permanence à une centaine de mètres de lui, bien que je n'en sois plus trop certain, de façon à pouvoir échapper à ses yeux, et moi pouvoir l'avoir toujours en vue. Le long périble était pénible, mais Billson, l'étrangeté incarnée, n'avait aucun mal à se mouvoir dans cet océan de neige glaciale que les flocons venaient renforcer.

Les glaciers bleus et brillants à la faible lueur du timide soleil donnaient un spectacle excessivement joli et mélancolique à la fois ; totalement indescriptible en somme. Plus l'homme grand et habillé de noir montait le long des montagnes acérées, plus l'air matinal se faisait froid et cruel. Le vent affreux et chargé de gel s'abattait encore et encore sur moi avec une force incommensurable, et tout simplement inouïe. Même les nobles sapins verts et couverts de neige étaient secoués par la force du souffle glacial. Au bout de deux ou trois heures de marche tout au plus, le château ruiné se dessinait fièrement au loin, le long du plus haut pic du massif aiguisé comme les crocs d'une quelconque bête sauvage et chasseresse.

Quelle fut ma surprise de voir que, en s'approchant suffisemment, le château n'était qu'un tas de ruines enneigées et moisies. L'on mavait dit que seulement quelques parties du petit bastion moyen-âgeux s'étaient écroulées à cause du temps et de sa cruelle tendance à tout détruire lentement, mais là, ce n'était plus qu'un amas de vieilles pierres moisies et gelées sur place.

Suite à un moment d'inattention fatal et défaitiste, je venais de perdre de vue la sombre silhouette du sinistre grand homme noir. Même son étoffe impossible à rater s'était totalement volatilisée dans le décor idyllique que proposait ces vastes montagnes de glace et de neige. Je m'étais résigné à m'approcher du château, mais je continue à me dire aujourd'hui que jamais je n'aurais dû. Les ruines gelées dégageaient une aura glacée et dérangeante, et je savais qu'il allait se passer quelque chose d'inattendu. La seule partie du château encore là était la petite chapelle à moitié dévastée par le froid sadique. À travers les vitraux, je pouvais apercevoir une faible lueur dans l'annexe du château en ruines. J'entrai silencieusement dans la petite paroisse où la neige tombait sur le sol de pierre par un trou béant dans le plafond de bois gelé et moisi. Bien entendu, la petite chapelle était vide, et de toutes façons il n'y avait que cette pièce, les autres étant bloquées par quelques éboulis devant les portes.

L'ambiance solitaire qui régnait dans le chœur était était vraiment étrange. Mon regard se perdit sur l'autel et je vis par chance un morceau de l'étoffe rouge du grand homme noir. Je m'avançait prudemment vers l'autel où siégeaient des cierges éteinds depuis peu. Ces bougies n'avaient d'ailleurs pas dû durer longtemps, quand j'y repense, vu le terrible froid qu'il y a perpétuellement. J'avais retrouvé le bout de tissu coincé entre deux grosses dalles où de la neige s'était logée dans les espaces creux. Un détail, certes minime, attira tout de même mon attention. Une des dalles était complètement isolée des autres. Je veux dire par là qu'il n'y avait pas de neige dans les espace où il devrait normalement y en avoir, surtout que l'autel était situé sous le trou du toit.

Stupeur incroyable ! La dalle, une fois dégagée, révélait une galerie de glace bleue, virant au turquoise très clair. Je descendais prudemment dans la grotte glissante. Au bout d'un moment assez long, je commençais à entendre des coups sourds. Au début, c'était incompréhensible, mais à mesure que je m'approchais de la source du bruit, j'entendais des lourds coups de pioche tapant contre de la glace dure, congelée ici depuis des temps immémoriaux.
Les lueurs blanches qui flottaient dans la glace pure et bleue semblaient me dévisager et observer chacun de mes gestes maladroits, pour ne pas glisset et révéler ma présence à celui qui creusait sa galerie comme un forcené. Les coups se faisant de plus en plus fortes, et je dois avouer qu'une sueur gelée coulait le long de ma tête froide et vide de toutes pensées. Sans crier gare, les coups s'arrêtèrent nets, et il y eut un effroyable bruit d'éboulement, et j'eus cru que mon cœur allait lâcher, tellement l'onde de choc était puissante.

Abasourdi et totalement ailleurs, je continuais d'avancer, cette fois rapidement pour aller secourir l'homme en noir, si c'était lui, ou une autre personne, je n'en savais trop rien. Une lumière intense m'aveugla quelques secondes. Quand ma vision s'habitua à la lumière d'une blancheur éclatante, je pus voir le bout du tunnel qu'il creusait depuis longtemps. Curieux et avide de savoir ce qu'il y avait derrière ce halo blanc, je marchais silencieusement et lentement, en prenant garde de ne pas glisser. Quand je fus finalement arrivé au bout du tunnel, une vision absolument merveilleuse m'apparut. C'était peut-être la plus belle chose que je vis de toute ma vie.

Une immense caverne de glace bleutée et une multitude de lueures blanches, des stalactites brillants et un brouillard oppressant dans un gouffre que je devinais, bien entendu, d'une profondeur extrême, tel était la magnifique chose que je vis. Bien qu'il y régnait un froid absolument insupportable, j'aurais pu rester plusieurs heures à contempler la beauté irréelle s'évadant de ce lieu tout simplement indescriptible. Mon regard se perdit soudain sur une corniche gelée, et j'y aperçut le grand homme en noir, la longeant d'une façon ignoble et assurée comme à son horrible habitude. Son chapeau flottait dans l'immensité grandiose de cette grotte rêveuse et et fantômatique. Il n'y avait pas une once d'hésitation dans ses déplacements, chaque pas éant parfaitement synchronisé. Le périple qu'il effectuait était des plus dangereux, car il pouvait chuter dans les profondeurs grises du glacier. Caché derrière une paroi gelée qui me brûlait les mains, j'observais cet homme traverser sans problème la fine corniche de glace cassante.

J'avais les yeux rivés sur son étoffe rouge, et j'attendais avec effroi que le mystérieux personnage finisse sa périlleuse ascencion. Au bout d'un temps que je ne saurai calculer, le sinistre homme avait atteint une passerelle de bois pourri et congelé, où des cristaux de neige chutaient des petits stalactites pendus sous les planches glacées. Quelques secondes plus tard, il avait totalement disparu. C'est donc à ce moment là que j'eus décidé de le suivre, pour comprendre la raison de ce voyage et l'existence de cette gigantesque caverne.

La petite corniche était terriblement glissante, et grimper jusqu'au niveau supérieur relevait presque de l'exploit. De plus, les parois étaient extrêmement froides et lisses, il m'était donc impossible de m'aider de ces murs pour monter jusqu'à la passerelle. Malgré moi, et même plutôt rapidement, j'avais finalement réussi à passer l'énorme gouffre embrumé pour rejoindre le haut de la caverne. Le pont de bois m'avait déjà énormément surpris, mais ce que je voyais me laissait tout bonnement sans voix. Des ruines de jade, gelées se trouvaient juste en face de moi, et deux statues cauchemardesques étaient disposées de part et d'autre d'une double porte de pierre verte, qui était alors entrouverte.. De l'autre côté du pont, il n'y avait rien du tout, aussi loin que je puisse me souvenir. Le pont me paraissait incroyablement usé par le froid, et mourir écrasé sous mon propre poids ne me tentait guère. Ma curiosité avait finalement fini par payer, et les tours immenses gelées me poussaient à entrer au plus profond de l'obscurité malfaisante qui régnait derrière les portes démesurées.

Je m'approchais peu à peu des deux statues, qui ne représentaient aucune créature connue, et je pus discerner des écritures, comme des pictogrammes antiques, à travers l'épaisse couche de givre qui entourait chaque structure verte. La salle derrière les deux portes était petite et extrêmement sombre. La glace la plus pure côtoyait les figures grimaçantes des monstruosités innommables représentées, et les hauts pilieres couverts d'inscriptions s'élevaient bien au dessus des ténèbres enveloppant le lieu étrange dans lequel je me trouvais. J'explorais prudemment la grande pièce, en tout cas je me l'imaginais immensément grande, à l'affût du moindre bruit, du moindre mouvemebt dans cette noirceur sinistre qui exerçait une mortelle pression sur moi. Une partie de la glace bleue était beaucoup plus éclairée que le reste de la profonde paroi, et c'est tout bonnement stupéfait que je vis une créature absolument répugnante congelée et gardée dans un était de cryogénisation parfait. Quand j'y repense, la température devait être descendue en dessous de moins dix degrés celsius, je crois.

Soudain, le grand homme m'aggripa une bras et me projeta contre la pierre froide avec une force incroyable. Abasourdi et ayant un mal de tête terrible, je me relevais péniblement, et c'est là qu'il me frappa au visage, et me griffa avec ses ongles longs et noirs par la même occasion. Je pouvais l'entendre prononcer je ne sais quoi, et c'était la première fois que je l'entendais parler. Caché dans la pénombre machiavélique, sa respiration lente et saccadée me hantait. Je mis la main sur une pierre gelée qui me brûla horriblement les mains. Je la serrais fort, aussi fort que je serrais ma vie. Le terrible homme avec sa très grande taille s'approchait de moi d'un pas lent et assuré, son étoffe rouge perçant l'obscurité diabolique. Avec un geste dépassant ma compréhension, je frappai l'homme en noir de toutes mes forces. Il était à terre. Je le frappais encore et encore, jusqu'à ce que son crâne ne se fende avec un bruit cauchemardesque et que du sang horriblement noir ne jaillisse de son énorme plaie ouverte. Du sang chaud se répendait peu à peu à terre. J'étais atterré, je venais de tuer un homme !

Je voulais quand même voir le visage de celui auquel je venais de prendre la vie. Je soulevais lentement son chapeau dévasté et son écharpe trouée. L'horreur fut telle que je ne pus l'empêcher de pousser un amas de hurlements et de cris tout bonnement effroyables. Les orbites vides et noires, la peau parsemée de furoncles et à moitié pourrie, et des dents longues et aussi pointues que les aiguilles enneigées aux alentours. Je ne savais pas ce que je venais de tuer, et je ne veux pas le savoir, même aujourd'hui. Tout ce que je voulais, c'était m'échapper de cet enfer glacé et claustrophobique, et surtout oublier ce grand homme pour toujours.



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