-
-
- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
|---|---|
| Publié : le 13/04/2008 à 11h30 - Mise à jour : le 13/04/2008 à 11h30 - Commentaire(s) : 6 - Lecture(s) : 539 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 3338 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 13/04/2008 à 11h30 - Modifié : le 23/04/2008 à 22h28 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 539 - Mots : 2878 |
Cette histoire a été celle sur laquelle j'ai passé le plus de temps à l'écriture. Trois semaines, si ce n'est plus, de travail "acharné" afin de pouvoir publier, en ce jour, ce texte, qui, je l'espère, saura être accepté par les visiteurs de l'Encrier : je ne me leurre pas, c'est un texte assez expérimental (vous verrez bien par vous même, mais c'est ce que moi j'en pense), et tout le monde n'aimera certainement pas. C'est un texte qui déstabilisera mes lecteurs les plus assidus, également, puisque je change radicalement de thème, de style (ce sont encore une fois mes propres impressions). Je quitte mes propres sentiers battus pour m'aventurer sur quelque chose que je n'avais jamais fait : quelque chose de simple, de beau, et même de simplement beau.
C'est une camarade de classe qui m'avait fait remarqué que tous mes textes se focalisaient sur la mort ou la destruction, et j'ai été forcément obligé de le reconnaître. Alors là, c'est simple, j'ai décidé de faire autre chose. Un texte uniquement plaisant à lire, dont on pourrait se remémorer quelques passages, comme ça, des bribes, en se disant : "C'était trop beau" (notez que je suis aussi dans une période trucs-trop-beaux-et-trop-sensuels). J'espère avoir réussi dans ma tentative de changement radical !
Pour respecter cette politique de choses pures et plaisantes, j'ai décidé d'ajouter au texte un accompagnement musical. Il est, comme ce texte, sous une licence Creative Commons : j'ai donc légalement le droit de l'utiliser à cet effet d'accompagnement. Notez que je connaissais cette musique auparavant : elle est donc, je pense, à sa place, en mesure avec le texte, et je vous conseille fortement de l'écouter. C'est un petit morceau d'électro, que j'ai trouvé excellent. Bref : pour une expérience optimale, essayez la musique !
Je vous souhaite d'apprécier ce texte, différent. Mais que serait la littérature (même amateur) si on faisait toujours les mêmes choses ?
StocKo.Toulouse, Suède
| Résumé : Dans une ville, quelque part, un adolescent, seul dans des rues désertes, monte dans l'unique bus en circulation. Autour d'eux, tout semble s'arrêter...Et tout s'arrêtera. Parce qu'ils sont Hors. Hors du Temps, pour eux. |
Aucun son ne sortait des briques rouges, caractéristiques de l’agglomération toulousaine, dans cette « Ville Rose ». Il n’y avait aucun écho d’aucun son : tout devenait silencieux, jusqu’à être vide. Comme si on avait retiré toute substance circulant dans les veines et artères de la ville, substance nécessaire à la vie urbaine. Tout semblait être plongé dans un coma creux et artificiel. Peu à peu, le calme inhabituel fit perdre son calme habituel au jeune homme, qui commençait à angoisser. Ce manque de bruit était fort incommodant : ayant passé toute sa vie en ville, il ne connaissait pas le silence. Son sommeil était perturbé par le bruit des trains, ses jours par l’incessant murmure de l’urbanisme. Et à ses oreilles, le silence lui apparaissait comme étant la pire des mélodies. Son baladeur aurait détruit ce lourd nuage de vide en un instant, mais il n’osait pas rompre cette pesanteur qui le happait.
Finalement, l’autobus arriva, brisant le mur de silence d’une manière si brusque que l’adolescent eût peur. Le car s’arrêta juste devant lui, et les doubles portes à l’avant s’ouvrirent dans un rassurant chuintement, comme si elles possédaient leur propre conscience, comme si elles voulaient communiquer avec l’extérieur. Il replaça sur son dos son petit sac de classe, chargé de cahiers, de stylos, et, d’un mouvement théâtral, grimpa le triolet de marches avant d’arriver dans le bus, saluant le conducteur amicalement. Ayant oublié chez lui sa carte de bus prépayée, il fut contraint de sortir son portefeuille, d’y saisir quelques pièces et d’obtenir un petit ticket orange. En franchissant cette porte, il eût la bizarre impression d’entrer dans un autre monde, dans une autre dimension. Comme si une force supérieure l’avait entraîné de force dans un univers inconnu. Ici commence mon récit. Ici commence un voyage vers quelque chose d’abstrait. Allégorie.
Le Conducteur :Jeune homme, de vous voir je suis réjouis.Je doutais de la présence d’hommes ici.Personne dans les rues, personne dans le bus.Mais là, détruit mon raisonnement vous eusses.Le Conducteur :Grand bien leur fasse, mais nous, nous avons un but !Laissez ici votre esprit, tout ce que vous fûtes.Nous partons tout droit, direction la Suède.Que personne nous arrête ou nous vienne en aide !
Le Jeune Homme :Quelles sont ces fleurs roses, là-bas, sur cet arbre ?C’est une image qui ne me laisse de marbre.Ces champs, ces fleurs géantes qui semblent être mille ?Dire qu’il y avait tout ça, autour de la ville !Le plus aberrant ? Je n’en suis jamais sorti…J’aurais pu rater toutes ces choses si jolies…Mais vous et votre bus êtes venus me chercher.Comment puis-je simplement vous remercier ?Je découvre toutes ces choses grâce à vous.Vous ne me prenez rien, vous me donnez tout.Alors, une telle chose est encore possible ?Le réel, la magie deviennent miscibles.Et voilà que, selon mon gré, vous m’emmenez,Pour aller en Suède vous vous démenez !
Ils roulèrent. Pas longtemps. Mais ils roulèrent.
Ainsi arrivèrent-ils à destination.
TERMINUS : EN SUEDE…
Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin
Parfois au fond de moi se ranime
L'eau verte du canal du Midi
Et la brique rouge des Minimes
Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse
La neige, comme on pouvait s’y attendre, était omniprésente. L’air était froid sans être vraiment mordant. Le jeune homme était descendu du bus peu après leur arrivée en Suède, quelque part dans la campagne, sur une falaise, avec vue sur la mer. Le dessin des côtes et des littoraux était énormément aléatoire, tellement que c’en devenait impressionnant. Le soleil berçait le tout irréellement, et le paysage n’en devenait que plus fantasmagorique. C’est devant cet inquiétant panorama que s’assit l’adolescent.
Le conducteur le rejoint peu de temps plus tard, après s’être réveillé. La route avait été longue, forcément, mais pas aussi longue que ce à quoi il s’attendait : ils avaient roulé sept heures…Ce qui semblait improbable, sachant que c’était à peu près le temps qu’il fallait pour se rendre de Toulouse à Paris en bus…Mais ils étaient en Suède, là où son jeune client voulait être. Le gosse avait tenu la conversation pendant tout le trajet, et rien qu’en alexandrins : une performance qui n’était aisée, même avec la faculté transmise par le bus. Le conducteur s’assit à côté du garçon, en pensant qu’il devrait bientôt laisser le car à la compagnie, histoire de passer un peu de temps chez lui.
« Je peux te poser une question indiscrète, n’est-ce pas ?
- Oui…Enfin, ça dépend du degré d’indiscrétion de la question, bien entendu.
- Evidemment. Mais je ne pense pas qu’elle soit extrêmement dérangeante.
- Et bien, dites toujours : mais je me donne le droit de ne pas répondre.
- D’accord. Et si je te disais que la question n’est pas indiscrète ?
- Vous ne feriez que mentir, puisque vous avez déjà dit qu’elle était indiscrète.
- Ouais, d’accord. Bon, venons-en au fait, veux-tu ?
- J’attends votre question.
- Elle vient.
- J’attends toujours !
- Elle est presque arrivée…La voilà.
- Enfin, j’ai failli attendre. Oh, un doux euphémisme !
- Où ça ?
- Pff…Posez votre question, ça ira mieux.
- Très bien. »
Il connaissait la question, il ne pouvait y avoir qu’une seule question, qui fût posée.
« Pourquoi la Suède ? Pourquoi pas la Norvège ? Ou la Finlande (c’aurait été plus court, remarque) ? Ou pourquoi pas l’Allemagne ? La Tchécoslovaquie ?
- J’ai quelque chose à faire de très particulier en Suède. »
Evidemment. C’était imminent.
Le jeune homme se leva, et prononça encore quelques mots : « Vous savez ce que j’ai à y faire ». Bien entendu, le conducteur savait, mais c’était un savoir étrange. Comme si quelque chose d’impérieux, quelque chose de supérieur, le lui avait dit. Il s’était donc préparé à cet acte. Aussi allait-il laisser faire le temps, le destin (où quoi que ce soit qui pût caractériser un acte d’un tel poids).
Encore quelques regards jetés, perdus, entre leurs visages, vers l’eau Suédoise, devant cet écrasant soleil, face à ces falaises défoncées. Ils marchèrent vers le bord de la falaise sur laquelle ils se trouvaient. Le conducteur se pencha, les mains dans les poches, se disant que tout de même, il y avait de la hauteur.
« Je ne peux pas te pousser, cependant. C’est ta décision, c’est à toi de l’appliquer. »
Il savait déjà tout ça, mais entendre une dernière fois la voix de l’autre le rassura.
« J’ai des problèmes, vous savez. J’ai vu des choses, j’en sais d’autre, et à partir de tout ça, je constitue ma décision. Mais je ne vois pas ça comme une fin. Plutôt simplement comme une fatalité, une redondance dans les vies. Quelque chose que je devrai accomplir de toute façon. Donc n’ayez aucun remord ! Ce voyage fût très sympathique, mais maintenant, vous devez me laisser. »
Il n’avait pas de remords. Il n’avait pas de remords. Il se retourna et repartit dans le bus. Il regarda encore la mer, bleue, brisée, son écume et ses reflets. Il monta et s’assit. Il prit encore une inspiration. Il expira une fois. Il sauta. Il partit. Il était dès à présent le dernier homme sur Terre. Il ne le savait pas.
« Je le sais déjà, tout ça. Une redondance des vies. De mes vies. Un devoir, un automatisme ».
Le mot juste aurait été : une bombe à retardement.
Ô mon pays, ô Toulouse, ô Toulouse
Le Bus :Et bien voilà, nous y sommes, tu y es.Tu peux maintenant descendre et tout oublier.
TERMINUS : A TOULOUSE...
Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillone jusque dans tes violettes
On se traite de con à peine qu'on se traite
Il y a de l'orage dans l'air et pourtant
L'église Saint-Sernin illumine le soir
Une fleur de corail que le soleil arrose
C'est peut-être pour ça malgré ton rouge et noir
C'est peut-être pour ça qu'on te dit Ville Rose
Une redondance des vies. De ses vies.
Il attendait sur le siège plastique de l'abribus, et il écoutait le silence artificiel, le lent coma, dans lequel était plongé sa ville. Le soleil brillait toujours autant, et il sortit le billet orange de sa poche. Son bus allait bientôt arriver, il allait bientôt le prendre. Il allait bientôt monter. C'était impressionant, cette impression de déjà-vu...Une impression qui le prenait parfois, mais jamais d'une manière aussi forte ou puissante. Il avait l'impression d'être monté dans ce bus déjà des centaines, des milliers de fois. D'avoir combattu l'écoulement du temps en tentant de le fuir, et en s'isolant dans une bulle ou il n'existait plus du tout.
Un monde totalement artificiel l'attendait. Un monde dans lequel, pour aller de Toulouse jusqu'en Suède, il lui fallait moins de dix heures. Un monde qui n'existait nul part, et qui, en même temps, était très ancré dans la réalité. Qu'était la réalité, après tout ? Seulement un concept abstrait de plus. Allégorie.
Il connaissait la personne qui allait descendre du bus, il le savait, mais peu à peu, au fil des secondes irréeles, il l'oublait. Sa mémoire se vidait, comme celle d'un ordinateur ayant fait une surchauffe...
Et les visages apparaissaient de plus en plus flou.
Et la chaleur se faisait de plus en plus forte.
Et le pouls de la ville s'entendait de plus en plus faiblement.
Et le silence occupait de plus et plus d'espace.
Et le temps reculait de plus en plus vite.
Il monta dans le bus.
Assit sur le siège du conducteur, celui qu'il connaissait des milliers de fois, celui dont le visage d'escamotait toujours. Le Jeune Homme l'attendait patiemment, derrière son volant. Il lui sourit. Qui était cet homme ? Qui...Tout s'embuait, jusqu'à devenir indéfinissable. Tout était gris.
Il tomba dans cet océan d'inquiétude, dans cet océan d'incertitudes. Et il s'y noya, volontairement, pour échapper à la réalité, encore une fois.
Le Jeune Homme :Jeune homme, de vous voir je suis réjouis.Je doutais de la présence d’hommes ici.Personne dans les rues, personne dans le bus.
Mais là, détruit mon raisonnement vous eusses.
Une redondance des vies. De mes vies.
Cantore :Plaudite.
Voilà, j'espère honnêtement que le texte vous a plu. Si oui, si non, postez un commentaire : marchant sur des terres qui m'étaient encore inconnues il y a peu de temps, j'aimerais savoir si j'ai mené ma "mission" à bien (et si oui, comment).
Vous l'aurez probablement deviné, pour moi, le plus long a été l'écriture des alexandrins. Ils respectent les règles principales du théâtre classique (je pense), et c'est voulu...Théoriquement, je ne devrais pas avoir fait d'erreurs de métrique. Le "Cantore : Plaudite", est simplement une petite promesse que j'avais fait à un ami après un cours de latin sur le théâtre...Quand le théâtre antique rejoint le théâtre classique qui se transforme en réfléxions diverses et en prose, ça donne ce texte.
Ce texte était l'élément central de la trilogie Hors, et je suis en train d'écrire la fin, qui devrait donc paraître dans relativement peu de temps (pendant mes vacances, en tout cas). Ce texte sera lui aussi quelque peu...Expérimental. Encore une fois, je ne dirai rien à propos de cette fin (ou très peu de choses), pour entretenir un petit effet de surprise.
Oui, je sais, c'est déjà ce que j'ai fait avec ce texte. Enfin...Je pense...
| Commentaires | Favoris et notifications | Corrections |
|---|---|---|
| Images | Impression | Gestion |
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire. | |