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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 07/04/2008 à 11h47 - Mise à jour : le 07/04/2008 à 11h47 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 609 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 2131 - Complet : oui - AMR : 14 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 07/04/2008 à 11h47 - Modifié : le 07/04/2008 à 11h50 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 609 - Mots : 2114 |
« Par delà le miroir » est une nouvelle poétique assez courte, qui plonge une protagoniste sans nom dans un cauchemar cryptique et dans une rêverie inhumaine.
On y retrouve presque toutes les caractéristiques de mes récits ; un personnage inconnu, peu de détails sur l'époque, le lieu ainsi qu'une folie naissante du personnage.
Bonne lecture.
Par delà le miroir
| Résumé : Ce château dans lequel je me cachais possédait quelque chose d'inhabituel. Il y régnait une sempiternelle obscurité, mais surtout, pourquoi n'y avait-il aucun miroir ? |
Le sombre château ruiné dans lequel je m’étais réfugiée était des plus sinistre et des plus lugubres, mais il me fallait absolument me cacher le temps que cette chose ne cesse de me poursuivre. Voilà quelques jours que quelque chose me poursuit, à travers les montagnes détrempées Transylvaniennes, perdues au beau milieu d’immenses forêts vertes et touffues. J’avais remarqué ce château ayant, j’en étais sûre, appartenu à un riche seigneur des environs il y a de ça des années, qui n’était désormais plus que l’ombre de lui-même ; avec ses pierres brisées et ses tours effondrées. Seule la plus haute tour du château était en parfait état. La salle d’entrée du bastion était d’une hauteur incroyable, et l’œil se perdait dans l’obscurité malsaine qui flottait dans la pièce aux voûtes plongées dans une pénombre éternelle. Les araignées avaient recouvert les murs humides de toiles blanchâtres et poussiéreuses, et il régnait une odeur de ruine dans les salles obscures.
J’avais trouvé refuge dans une tour de garde isolée, à moitié effondrée, près des douves putrides qui étaient remplies par l’eau de pluie ayant croupi depuis des années et des années. La peur me guidait dans ce dédale de pierres moisies et de voûtes gigantesques. Il n’y avait absolument aucun miroir au sein du château, et je ne pouvais même pas voir mon propre reflet, que j’imaginais couvert de terre et fatigué, à force ce courir dans les chemins tortueux et boueux qui parsemaient les forêts de pins. Le froid envahissait chaque pièce du sinistre bastion, et les arbres sans feuilles bloquaient ma vue. Je ne pouvais même pas voir la lune à travers les nuages de là où j’étais ; l’escalier menant au haut de la tour était d’ailleurs détruit, et il n’y avait aucun autre moyen de monter dans les salles supérieures.
Je sentais toujours cette chose cauchemardesque me traquant, se servant de la nuit pour mieux me surprendre. Je ne savais même pas qu’elle était cette créature absurde, couverte de chair sanguinolente, pouvant effectuer des bonds gigantesques sur de très longues distances, mais je me souvenais surtout de ces deux yeux jaunes perçant l’obscurité humide des environs. En fin de compte, je me sentais à l’abri dans ce château en ruines, et de toute façon, j’entendrais cette bête si elle entrait dans cette étendue de dalles cassées et de pierres disloquées. Un grand lit à baldaquin se trouvait dans la pièce dans laquelle j’avais décidé de m’installer le temps de retrouver des forces et de repartir pour Kingsport, cette ville que je n’aurais jamais dû quitter pour me rendre dans ce non-sens nuageux et pluvieux. La guerre avait ravagé ces contrées autrefois magnifiques, et il ne restait presque plus rien des édifices anciens qui avaient été érigées il y a des années.
Le lit avait des couvertures violettes rapiécées et mangées par les mites, mais cela me suffisait amplement. Autour du lit se trouvaient deux immenses chandeliers éteints depuis des temps immémoriaux. Je les allumai avec mon briquet de métal que mon oncle Edgar m’avait offert il y a bien longtemps, oncle que je devais rejoindre à Bucarest et que jamais je ne reverrais. Mais il est inutile de parler de ça. Une lumière orangée et chaude flottait dans la salle lugubre, froide et bleutée qui avait soudain prit une allure hospitalière et grandiose. Les grands rideaux mauves qui clôturaient la fenêtre étroite étaient tirés, tout était parfait pour une bonne nuit de repos. Il me fallait reprendre des forces pour affronter à nouveau l’extérieur impitoyable et ces bois où rôdait la bête cauchemardesque qui me traquait inlassablement.
Cependant, je n’arrivais pas à trouver le sommeil, et je ne pus m’empêcher de tirer ce vieux livre jauni de mon sac pour reprendre la lecture. Il s’agissait d’un vieux volume de magie noire que j’avais trouvé dans un vieux bureau mis aux enchères à Kingsport, il y a de ça quelques semaines. Même si je ne croyais guère en la magie, lire ces pages sages était assez divertissant, et l’on pouvait sentir une certaine folie dans l’écriture de son auteur, qui était inconnu. Son nom n’était même pas spécifié, fait assez étrange pour un livre de magie noire. Au bout de quelques interminables heures, le mur du sommeil s’effondra sur ma tête exténuée et je m’endormis comme une enfant. Malheureusement, ce sommeil fut de courte durée, car un bruit sourd vint me tirer de ma douce rêverie, perdue au milieu de songes merveilleux.
Ce bruit avait suffit pour susciter chez moi une terreur sourde et irrationnelle. Je tendais l’oreille pour tenter d’entendre ce son à nouveau, mais à part ce silence cacophonique et obscur, il n’y avait rien. Une angoisse gelée montait peu à peu en moi, et je repensais à cette chose innommable qui me poursuivait. Si elle m’avait trouvé, je n’avais d’autre choix que de m’en aller, pour à nouveau fuir et regagner ma maison à Kingsport, là où je me sentais réellement en sécurité. J’ouvris la lourde porte de bois et de métal, celle-ci émettant un grincement strident qui me glaça le sang, et je sortis silencieusement de la chambre au lit violet pour me retrouver dans le couloir sombre aux bibliothèques pourvues de vieux livres. Les torches que j’avais allumées ne suffisaient pas à masquer la pénombre sensuellement inextricable qui flottait dans les pièces d’une hauteur dépassant l’imagination, je n’avais plus d’autre choix que d’avancer en aveugle.
La moisissure qui traînait au sol imprégnait mes pieds nus d’une pourriture inqualifiable, que je sentais ramper telle la peste. J’entendais de temps en temps les branches des arbres morts s’agiter au gré du vent léger qui soufflait au dehors, se répercutant en un écho terrifiant contre les murs usés du vieux château. J’avançais encore et toujours, échappant à une quelconque menace invisible et pourfendeuse que je sentais approcher inéluctablement, comme cette vile créature me poursuivant, car pour moi il n’y avait plus de doutes, c’était bien elle qui avait retrouvé ma trace, et qui était venue m’achever, tout du moins je le pensais. J’eus gravi les marches de la grande tour avec difficulté, mais j’étais finalement presque en haut de celle-ci. Le dernier escalier étant détruit ; il ne restait plus que quelques marches fragiles rattachées aux murs moisis composés de pierres disloquées et de mousse grouillante qui pendait le long des murs grisâtres.
Alors que je commençais à renoncer et à retourner dans la petite tour que j’avais prise pour domicile temporaire, un petit bruit léger et délicat retentit à l’étage supérieur, attisant ma curiosité. Il y avait vraisemblablement quelque chose au dessus, et je voulais savoir ce que c’était. Je ne savais même pas pourquoi je tentais cette ascension folle et insensée, mais mon inconscient me poussait à aller voir d’où provenait ce bruit étrange. Cependant, à chaque fois que je tentais d’atteindre l’impossible, une peur moite m’envahissait et je n’avais d’autre choix que de renoncer, pour à nouveau recommencer cette tâche périlleuse. Le vertige dont j’étais victime arrivait au mauvais moment, comme toujours. Si je tombais, je savais que je me tuerai, les marches étant étroites et abruptes, la plupart à moitié brisées ; je ferais alors une chute que rien ne pourrait arrêter, et je me briserai sûrement le cou.
Le vent soufflait à travers les meurtrières de la tour sombre dans laquelle je me trouvais, et cette fois ci, je sentais que je pouvais y arriver, bien que la fatigue commençât peut à peu à prendre le dessus. Au prix d’efforts considérables, notamment celui de ravaler ma peur panique, irrationnelle et phobique, j’arrivai finalement à destination, devant cette lourde porte de bois pourri à moitié dévorée par les termites qui pullulaient dans ce château cauchemardesque. La porte fut difficile à ouvrir, mais elle cachait quelque chose de plus énigmatique encore que cette salle que je m’imaginais être la dernière, la plus haute et la inaccessible. Derrière la porte se trouvait encore un autre escalier en colimaçon, celui-ci en piteux état. Il était parsemé de fissures pour la plupart effarantes, et je me demandais comment une telle structure pouvait encore tenir. De plus, je pensais naturellement que ce qu’il y avait derrière cette porte que je venais d’ouvrir il y a quelques secondes aurait été la plus haute salle du château, une autre chambre par exemple. Mais il n’en était finalement rien, et ces escaliers dépassant toute logique ne se trouvaient même plus dans le château !
C’est abasourdie que je gravissais les sombres escaliers, éclairés par de faibles lueurs bleutées émanant de lampes murales qui émettaient un petit bruit reposant que je devinais d’origine magique. Il ne pouvait pas y avoir d’installation électrique ici, de tout évidence. Je ne sais pas combien de temps j’ai mis pour gravir ces escaliers obscurs, j’avais perdu toute notion du temps. Les marches brisées s’arrêtèrent devant une autre porte en bois, celle-ci encore plus ruinée et décadente que toutes celles que j’avais vues auparavant. Je la poussais lentement et délicatement, en essayant de faire le moins de bruit possible. Soudain, une vision magnifique m’apparût, ce fut probablement la plus belle chose que je vis de toute ma vie. Derrière la porte se trouvait une salle éclairée faiblement par une lumière bleutée, parsemée de mobilier riche que j’imaginais appartenir à une personne fortunée. De grands rideaux mauves et déchirés pendaient le long des fenêtres donnant sur un ciel nocturne merveilleux, au dessus d’obscurs nuages éclairés par une lune scintillante et rêveuse.
Dans la salle irréelle se trouvaient plusieurs tableaux représentant des gens inconnus, avec des expressions étranges sur leurs visages pâles et sans vie ; tout du moins je le voyais comme ça. Quelque chose attira mon attention, je croyais voir une autre personne dans la pièce à travers une arche dorée entourée de deux colonnes argentées et brillantes. En vérité, il ne s’agissait que de mon reflet, et celui-ci me fit sourire, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, fatiguée et sale, les cheveux en bataille et mes lunettes brisées de travers sur mon visage pâle et blessé. Ce miroir devait sûrement avoir une signification, puisque c’était le seul du château, et qu’il était richement décoré. Une envie irrésistible de toucher la surface polie et froide du miroir parcourut mes pensées, et malgré moi, mon inconscient posa le doigt sur le verre glacial du grand miroir arqué.
À ce moment là, il se passa quelque chose de tellement étrange qu’il est impossible de réellement décrire ce qui se produisit tellement cet instant fut bizarre ; une vague de froid envahit soudain la petite pièce éthérée, et une sombre forme apparut dans la surface glacée du miroir. Je fus pris d’une terreur aveugle lorsque je vis cette chose innommable s’avancer vers moi, avec son bras décharné et sa tête affreuse. Cette chose qui n’aurait pas dû être s’approchait lentement vers moi, mais se cogna la tête contre le miroir. En vérité, elle se trouvait derrière ce miroir ! Je pouvais voir sur ses yeux une tristesse à nulle autre pareille, et, malgré moi, je fus prise de compassion pour cet être à la peau rognée et parsemée de furoncles infâmes. Il touchait la surface transparente du miroir, et, inconsciemment, je posais moi-même ma main dans la sienne. La créature hideuse et impossible poussa un cri déchirant la nuit calme qui régnait dans cet antre d’étrangeté, et disparut dans un nuage noirâtre. Derrière le miroir se trouvait désormais mon reflet ainsi que celui de la chose qui me poursuivait depuis déjà quelques jours. Un rire dément emplit l’air obscur, et la bête inqualifiable poussa un grognement à glacer le sang.
Tout peut être rattaché à la magie, y avait-il décrit dans le livre que je possédais, la plus pure, la plus noire. Les créatures venues de dimensions extérieures et dégénérées, des cavernes basses et éthérées, peuplant les pires endroits de l’univers peuvent évidemment se servir de ces objets magiques, quels qu’ils soient. Les miroirs en font partie, certains menant à d’autres dimensions, par exemple. Plusieurs mages, Amadeus Jefferson étant celui qui, le premier, se servit des miroirs, utilisèrent ces portails pour enfermer leurs créations ratées et innommables, ces choses infâmes qu’ils avaient créées. Il n’est pas exclu qu’une autre bête, que le sorcier n’eut pas réussi à enfermer, ne cherche à se venger et n’exécute la lignée entière du sorcier en question. Un simple contact avec le portail, quel qu’il soit, suffit à ouvrir une brèche dimensionnelle pendant quelques secondes, secondes servant aux pires horreurs cosmiques de se déplacer dans les courbures démentes et ainsi venir hanter les autres mondes. Il y a néanmoins un moyen de caractériser ces portails dimensionnels, ils sont toujours signalisés par une arche dorée et au moins un élément en argent pur.
Je venais juste d’ouvrir un portail, et rapidement, d’autres créatures indescriptibles envahirent la pièce dans laquelle je me trouvais. Si la créature affreuse qui me poursuivait s’en prenait à moi, cela voulait dire que, selon ce livre, elle était la création d’un sorcier vivant dans ma famille. Par delà le miroir se cachent bien des horreurs, attendant leur macabre tour pour pénétrer dans ce monde de folie innommable, et c’est à cause d’insouciants comme moi que ces horreurs peuvent entrer librement. Ce fut une erreur de rejoindre mon oncle Edgar.
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