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> Chapitre 6 : « 6 - Le Nouveau » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 20/04/2008 à 18h48 - Mise à jour : le 04/09/2008 à 11h58 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 644 - Chapitre(s) : 6 - Mots : 7970 - Complet : non - AMR : 15 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 1 | Publié : le 04/09/2008 à 11h57 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 59 - Mots : 1540 |
6 - Le Nouveau
« Je te présente Naum. »
C’était un garçon assis au comptoir du « Ici mieux qu’en face » le bar favori de Dimitri, toujours rempli d’Italiens du peuple, et de Russes passablement dangereux quand il fait nuit. Je m’étais toujours demandé pourquoi choisir un tel nom, et on m’avait dit que c’était « pour avoir l’air normal. » En effet, on voyait énormément de tavernes de la région qui faisaient des blagues dans leur nom. Ca donnait l’impression que les fondateurs (et donc la clientèle) étaient une bande de pleins morts gras et barbus typiquement du coin. Puis quand je signalai que ma question se référait au fait qu’il n’y avait pas plus de commerces d’alcools que de bars à pute de l’autre côté de la rue, on ne me répondit pas. Juste à l’opposé de l’établissement, c’était un cimetière. Ben j’espère bien, que c’est mieux qu’en face !
Ce gars avait l’air de rien d’extraordinaire. Le genre qui est facilement paumé dans la foule, tant il est commun d’en voir des pareils. Des cheveux bruns, raides et courts, les os du crane saillants, et plutôt trapu. Le profil bas. Dimitri m’avait mis au courant de tout ce que je devais savoir pour le boulot.
« Laisse-lui le temps de tout comprendre, et occupe-toi de ce qui est important. Il est là en observateur. »
Ca ne me plaisait pas du tout. Il n’y avait pas de raison que je m’occupe d’apprendre le métier à un débutant. Objectivement, je n’étais pas assez expérimenté, et je n’en avais pas la moindre envie. En plus, il n’avait pas l’air fiable. C’était un voleur à la tire passé en maison de correction et prétendument repenti. Un alcoolo qui a caché sa bouteille…
Et puis pourquoi avait-on besoin d’un bleu déjà grillé auprès de la police ? En théorie, le casier judiciaire est effacé à dix-huit ans, mais en pratique j’étais sceptique. Il risquait de nous faire couler. Et si c’était le but ? Non, cette fois je n’y croyais pas. Mais il y avait quelque chose que Dim ne me disait pas à propos de ce type.
« C’est quoi la mission ? Fais-voir ?
- Tu crois qu’on note ça sur papier avec un autographe dédicacé à la police, juste à côté des empreintes digitales de Poutine ?
- Comment ça ?
- On n’écrit JAMAIS. Rien ! Le meilleur moyen de se faire entuber, c’est de croire qu’on a effacé les traces. Autant s’arranger pour en créer le minimum.
- Faut tout retenir en écoutant ?
- Si je te vois noter un seul truc, je te tue. »
Sur le moment, je me demandai si j’en serais capable. Et est-ce que j’avais le droit de l’esquinter, cet emmerdeur ? Un coup sec et violent sur le crâne pour lui faire emmagasiner l’information…
Je lui dis de monter sur la moto et fonçai sur la nationale qui faisait le tour de la ville, jusqu’à trouver une route de terre sur le bas côté. Je m’arrêtai au bout de deux-cents mètres et descendis.
Le boulot était double : abattre un garde du corps avant qu’il ne rejoigne son protégé, puis flinguer un usurier. Il n’y avait certainement aucun rapport entre les deux, mais parfois l’Organisation est pressée de se débarrasser des gêneurs. La photo du garde du corps était jointe à celle de son client, une sorte de stéréotype du travailleur de bureau formaté. Un petit, rond, calvitie au sommet du crane, tête stressée. Le gorille, lui, avait plutôt une forte ressemblance avec Omar, l’humoriste (le pote de Fred), mais avec vingt centimètres et cinquante kilos de muscle en plus. Il n’avait pas l’air très rigolo, sur la photo. Je remarquai ensuite que dans la réalité non plus, il n’était pas du style plaisantin.
J’expliquai à Naum comment j’allais m’y prendre : le garde était sur le point de partir. Il n’avait qu’un seul chemin pour sortir de la propriété, et je marchais dessus. Donc, mon apprenti allait rester tranquillement avec la moto en plein milieu de l’impasse, et attendre l’arrivée de la cible en voiture. Moi j’allais me cacher dans la broussaille sur le côté et descendre notre ami par derrière.
« Par derrière ? C’est lâche !
- C’est toujours mieux que de te faire éviscérer vivant parce que t’as pas rempli ton contrat. »
Je dégainai mon revolver – j’adorais ça, et je voulais être sûr qu’il n’allait pas s’enrayer – et m’enfonçai dans les buissons un peu trop épais à mon goût. J’avançai une vingtaine de mètres en longeant le chemin et me couchai avec la meilleure vision possible.
Soudainement, je regrettai de ne pas avoir donné assez de précision à Naum sur l’attitude qu’il devrait adopter à l’arrivée du garde du corps. Un 4x4 noir arrivait déjà. C’était une journée de grandeur absolue. Même la caisse de ce mec était énorme. Je me demandais si elle allait écraser le jeune, mais non, elle s’arrêta gentiment avant de lui rouler dessus. Le gorille en sortit, encore plus balaise que sur la photo, Gargantua version africaine. Il ne se doutait encore de rien. Il pensa que Naum s’était paumé. Classique.
« C’est une propriété privée. Si vous cherchez un endroit pour faire du cross, ce sera pas ici, désolé. »
Et là, je crois que j’ai remarqué chaque détail en même temps que le mec. Ce n’était pas une moto adaptée pour autre chose que les routes bitumées. La main du géant glissait vers ce que je devinais être un holster sous le bras, alors que mon stupide équipier se taisait et souriait de toutes ses dents. Ce connard était en train de me griller.
En un quart de seconde, le raisonnement était fait. J’étais accroupi. Le temps de bouger pour avoir un angle de tir dégagé serait égal au temps de ma cible pour comprendre qu’il allait se faire dessouder par un type planqué dans son dos. Je sautai de ma cachette et atterrit sur le chemin, et ne visai qu’après avoir repris l’équilibre. Gargantua armait le chien de son flingue, mais j’étais déjà prêt.
BANG ! Merde, dans l’épaule ! Mais le deuxième fut le bon, et la balle traversa la gorge du gorille en passant par la colonne vertébrale. J’allai mettre un pain dans la gueule de Naum et lui expliquai que dans ce genre de situation il faut ressembler à un badaud jusqu’au bout.
Je rangeai le revolver dans le porte bagage, préparai le pistolet, le poignard et mon bracelet secret, puis ce fut le départ pour retourner sur la nationale. Le deuxième meurtre devait être fait dans une intervalle de temps très courte. J’avais entre dix et vingt minutes pour faire quinze bornes et descendre l’usurier. Vivent les téléphones avec GPS intégré et les motos dépassant la limitation de vitesse ! La maison était en périphérie. J’avais supposé que ce n’était pas là que se déroulaient les affaires, mais que c’était seulement le lieu de résidence de ma cible. J’espérais ainsi ne pas me faire fouiller à l’entrée. Erreur : il ne faut jamais supposer.
Cette fois, Naum resta à l’extérieur, à cent mètres du bâtiment. Il y avait une voiture juste en face, donc j’étais dans les temps. Je me préparais à frapper à la porte, mais elle s’ouvrit devant moi. Un homme en training, visiblement de chez nous , raccompagnait un client, lequel ne semblait pas apprécier la qualité des services de l’endroit. Il était l’archétype même du buraliste. Je demandai même s’il n’avait pas figuré dans une pub pour du xanax.
Tandis que le portier me priait de bien vouloir me donner la peine d’entrer – et ma formule est moins ampoulée que la sienne, certainement pour faire comme s’il fréquentait les hauts milieux – le client regagnait la voiture devant la porte. Finalement, je me trouvais au bureau où l’usurier exerçait… C’était aussi sa maison. Mauvais plan.
Le garde me fit entrer et ferma la porte derrière moi. Il m’indiqua une porte à droite, mais avant même de l’ouvrir, ce fut l’apocalypse. Un bruit explosif, du verre brisé, des débris qui retombent. Et j’étais sourd. Biiip, une bagnole vient de vous péter à la gueule, veuillez patienter…
Un autre homme entra dans le corridor. Ça, c’était mon client à moi. Mais lui était plutôt l’archétype du pilier de bar. Je ne m’étais presque pas rendu compte que j’étais tombé, je n’avais pas mal, mais je me relevai difficilement au milieu du bordel qu’il y avait dans le couloir. Le type en training était mort, la peau parsemée du verre de la porte. Il s’était trouvé juste derrière moi, et m’avait évité de finir comme lui. Mon premier bouclier humain.
L’usurier passa à côté du cadavre, et effleura la porte d’entrée, – ou plutôt l’armature qui avait soutenu la vitre – qui s’effondra sur le garde. Il admira un instant la voiture anéantie par le feu. Et là, je me suis rappelé. Le petit stressé en train de cramer, c’était le client de Gargantua. Le timing était prévu pour que je parte avant l’explosion… Mais à ce moment, je fixais surtout l’anneau qui pendait à mon bracelet. Je passai l’index gauche dedans, tirai pour dérouler la corde de nylon, et la passai autour du cou de l’usurier. Cette fois, je tuais par plaisir.
<< à suivre...
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