-
-
- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
|---|---|
| Publié : le 24/05/2008 à 14h28 - Mise à jour : le 24/05/2008 à 14h28 - Commentaire(s) : 4 - Lecture(s) : 294 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 2058 - Complet : oui - AMR : 12 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 24/05/2008 à 14h28 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 294 - Mots : 2058 |
C'est la première histoire de ce genre que je publie. Les premiers mots définissant ce concours m'ont donné une idée, que j'ai suivie. Je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle je suis partie dans cette direction, mais, j'espère que vous apprécierez ce que vous lirez. Si vous pouviez laisser vos avis, impressions, je vous en serais très reconnaissante, c'est la première histoire originale que je publie, et... je ne sais pas !
J'ai en partie, au travers de cette fic, exprimé une bonne partie de ma passion pour la musique, sans toutefois employer, en tout cas j'espère, de termes trop spécifiques. Une musique d'accompagnement (que je n'ai pas trouvé sur quelque site que ce soit, autre qu'en écoute) serait, et colle en tout point, le Printemps et l'Eté de Vivaldi, vous pouvez en partie écouter les trois mouvements de chaque sur ce lien http://www.deezer.com/#music/album/77235.
Cette histoire met en scène ma vision, sans doute assez particulière, du coma. Certaines choses sont sans doute, fausses, ou impossibles, mais... je ne suis pas médecin, juste une petite auteure pleine d'idées farfelues.
Petite précision, le titre a à la fois un sens explicite (que, par conséquent, je n'expliquerai pas...) et implicite. Je me suis d'abord inspirée de mon cours d'allemand (car, dans cette langue, virgule se dit « Komma » puis, j'ai remarqué, que ça se disait « coma » en espagnol, donc, voilà, c'est idiot, mais, tant pis
Un immense merci à L'Historien (ou L'Autre, on s'y perd !!) pour son aide sur ce texte. Ses corrections m'ont été d'une grande aide ! Voilà !
Un coma, virgule dans la vie d'une femme.
| Résumé : Un violon, deux violonistes, quatre saisons, une pause dans une vie bien chargée. Que va-t-il se passer ? Texte soumis pour la participation au concours "le Coma" lancé par Dominos. |
Rubis Liverstein, 25 ans, premier violon, s'est écroulée au beau milieu d'un concert avec tout son orchestre au plus grand désespoir de son public et du chef d'orchestre. Personne n'a rien pu faire pour la réveiller. Coma, aucune fausse note apparente. Fatigue, ras-le-bol général du corps ? Pas la moindre trace d'explications.
« Constantes normales », disent les médecins. « Grosses craintes », disent leurs regards. Un coma d'une telle sorte n'est pas un bon signe... pas un bon signe du tout ! Son chef d'orchestre personnel aurait-il pris un peu de repos, décidé de s'offrir des vacances ? Si oui, n'aurait-il pas pu prévenir, au moins ?
Ce coma, un autre chef d'orchestre s'en préoccupe. Celui qui la dirige, qui l'a vue, toute jeune violoniste, intégrer son ensemble et qui craint pour l'avenir... Elle était à sa place, parmi cet ensemble, et ce coma vient comme un chien dans un jeu de quilles perturber le fragile équilibre musical du rythme de leurs représentations. Retrouver en peu de temps une violoniste aussi douée, capable de s'intégrer sans faire de vagues, serait mission impossible. Et, malgré tous les compliments que certaines de ses admiratrices pouvaient faire sur son physique, il n'était pas Tom Cruise !
De l'autre côté de la vitre derrière laquelle se pressait une foule compacte de gens inquiets, un corps meurtri par des années de rigueur gisait allongé entre des tubes multiples qui le reliaient à une batterie d'instruments, qui, cette fois, ne jouaient pas à l'unisson. De là où elle est, elle entend tout, sent tout, mais est incapable du moindre mouvement qui pourrait le leur prouver... si ce n'est une activité cérébrale intense au scanner... Elle avait entendu le diagnostique du médecin, et aurait aimé pouvoir l'éclairer, si elle l’avait pu. Elle aurait versé des larmes de rage si ses yeux l'avaient voulu. La liste des choses qu'elle aurait voulu faire était infinie, mais elle ne contrôlait plus rien d'autre que le cheminement de ses pensées. Comme si le cerveau était le seul organe de son corps sur lequel elle avait encore le contrôle...
Quand, après le départ des médecins elle fut laissée seule, les infirmières discutant de certaines modalités avec sa famille dans le couloir, elle s'était sentie entourée de vide. Son seul accompagnement était le bruit du respirateur comme si quelqu'un ronflait, à côté d'elle. Sauf que c'était elle qui ronflait, et que cet appareil était la dernière chose qui la maintenait encore du bon côté de la barrière ultime. Celle dont on ne revient pas après l'avoir franchie. Elle l'avait pourtant cru...
Quand son bras s'était suspendu, à quelques notes de la fin du mouvement, son cœur s'était emballé, son cerveau avait envoyé suffisamment de stimuli pour la faire convulser, mais aucun pour la faire reprendre connaissance... Elle avait entendu son instrument se fracasser au sol comme une coquille de noix jetée d'un immeuble de dix étages. Tous les sons étaient amplifiés par le silence dont il lui semblait qu'elle était entourée. Elle avait eu peur, mal, froid. Elle s'était sentie seule, même si elle était entourée par une masse, compacte, d'instrumentistes curieux et mal à l'aise. Elle tenait à la vie, à cette vie qu'elle sentait couler dans ses veines, et comme sortir d'elle, à présent, au travers de la perfusion fixée à son bras comme une sangsue avide de vie, sa vie, à laquelle elle s'accrochait. Elle luttait de toutes ses forces, pour rien. Le moniteur cardiaque, à côté d'elle, émettait des signaux réguliers, comme un battement de pulsation, et l'air qu'elle avait entendu juste avant de s'effondrer se déroula à nouveau dans sa tête, elle voyait la partition, elle bougeait mentalement son archet avec une infinie douceur, pour donner la touche ultime à cette pièce qu'elle aimait tant... Le Printemps, de Vivaldi. Des quatre saisons représentées ce soir-là, il avait fallu qu'elle s'effondre avant la fin du printemps, du printemps de sa vie, qu'elle avait tout juste connu !
De l'autre côté de la porte, un second violon attendait, anxieuse. Son amie était allongée, là, et elle ne pouvait rien faire, tout juste lui parler en espérant que ses paroles trouveraient un écho dans les méandres des fibres nerveuses de la malade. Elle laissa échapper un sanglot, ça n'aiderait pas Rubis, ça ne l'aiderait pas elle, mais elle n'aurait pu se retenir plus longtemps. Attendant l'aval d'une infirmière, elle entra dans la chambre pour trouver la jeune femme pâle, si pâle, étendue dans un lit dans lequel elle semblait être le reflet d'une poupée de porcelaine, si fragile.
A travers le bruit du respirateur, la jeune femme avait entendu la porte s'ouvrir, son prénom murmuré avec une infinie tristesse. Et cette voix, qui aurait fait s'étirer ses lèvres en un long sourire en temps normal, laissa son visage de marbre. Un marbre si bien taillé qu'on y lisait la douleur, la douleur d'une presque-mort violente, à laquelle elle n'avait aucun recours...
Elle ressentit plus qu'elle ne sentit des doigts s'entrelacer aux siens. La légère pression suffisait à savoir qu'elle était là, qu'elles étaient toutes les deux, et que personne ne viendrait troubler le repos de la belle au bois dormant, comme l'avait déjà surnommée son amie. Quoiqu'il se passe au cours de son coma, ils sauraient. Tous ceux à qui elles avaient caché leur secret apprendraient. Parce qu'elle ne pourrait faire autrement.
La jeune violoniste resta au chevet de sa « collègue » toute la nuit, et une bonne partie des journées suivantes. Sa famille avait du repartir très vite. Elle n'avait plus que sa mère et sa sœur, la première étant ambassadrice et devant prendre à la première heure le lendemain le premier avion pour Rome, la seconde étant son assistante. Les deux femmes restèrent donc seules pendant de longs, très longs moments. L'une parlant, l'autre écoutant ; elles ne pouvaient rien faire d'autre.
Rubis, entendant ses sanglots, voulait la rassurer, lui dire que ça allait bien ; même si ce n'était pas vrai, elle voulait tenter de l'aider à supporter la situation. Mais elle ne pouvait même pas s'aider elle-même...
Un jour, sur une idée du médecin, le second violon apporta un cd et le lui fit écouter. Les sons qu'elle entendait, qu'elle connaissait par cœur, ces symphonies pendant lesquelles elles avaient joué côte à côte, à l'unisson... Des concertos endiablés aux mouvements intimistes. Chaque fois elle sentait la chaleur de la paume de sa compagne contre la sienne. Pourrait-elle rejouer un jour ? Telle était la question qu'avait posée son amie à un médecin, après deux semaines d'attente vaine au chevet de la jeune femme. Ils ne savaient pas. Ils ignoraient totalement les conséquences du coma, si jamais elle se réveillait. C'était cette sentence qui faisait le plus peur aux deux femmes. L'une ne voulait pas perdre la vie, et l'autre la personne qui comptait le plus pour elle.
Lorsque le 21 juin, jour du début de l'été, les membres de leur ensemble se pressèrent à l'intérieur de la chambre pour prier pour l'une des leurs, elle sentit qu'elle aurait la force de s'en sortir, que ces gens auraient besoin d'elle, et que même si elle était condamnée à ne faire que regarder son instrument après une aussi longue pause, son soutien serait indispensable.
Elle entendit le chef d'orchestre essayer de faire rire l'assistance, de dédramatiser le matériel médical dont elle était entourée ; elle en sourit intérieurement, le remerciant pour ce moment d'apaisement. Même ces instruments-là il les décodait avec sa bonne humeur coutumière, comme si tout était normal, comme si ce n'était qu'une journée de répétition comme les autres.
Sensible au moindre son, elle entendait même les talons aiguille des instrumentistes, petits bruits gênés dans cette pièce aseptisée si triste...
Ses amis partis la pièce lui parut vide, un vide immense, dans lequel elle retrouvait sa raison de vivre, la musique. Sa tête, comme un immense juke-box, lui rejouait ses morceaux favoris. Ses paupières laissèrent échapper quelques larmes que, le lendemain, l'infirmière pris pour des larmes de douleur. Certes la douleur de la solitude était aussi pour beaucoup dans ces signes de détresse, mais à l'idée de revoir un jour l'orchestre jouer en totale harmonie, elle se sentait réjouie. Elle voulait se battre, toujours, encore, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espoir. Elle savait qu'elle devait laisser partir sa compagne, car même si, elle, s'était presque résignée à abandonner la musique, elle ne devait pas retenir le talent de celle qui l'avait accompagnée jusqu'ici. Elle devait travailler, travailler pour arriver au niveau qu'elle avait dû perdre en restant tant de temps auprès d'elle.
Leur relation était passée inaperçue dans l'orchestre, la fragile deuxième violon était assez timide quand il s'agissait d'une conversation, et ne se dévoilait que sur les cordes de son instrument. Elles s'étaient apprivoisées, et aimées, comme si plus rien n'avait d'importance que la musique, à la sortie de l'un des concerts qui avait poussé encore et toujours plus loin l'harmonie de la musique. Elles avaient longuement discuté autour d'un café pris chez l'une des deux, elles étaient épuisées mais fières, fières de faire partie de cet ensemble, place dont elles avaient si longtemps rêvé et pour laquelle elles avaient tant lutté. Aux yeux des autres, elles étaient amies. Mais certains gestes ne trompaient pas. Des doigts entrelacés aux pots de départ, des embrassades qui duraient plus longtemps que les autres à la sortie des répétitions fastidieuses, même si elles savaient qu'elles se retrouveraient le soir. Nul n'avait encore fait le lien entre leurs deux adresses, purement identiques, ou alors les avait prises pour des colocataires.
Sentir sa compagne souffrir avait été la plus grande souffrance de Rubis, qui, malgré son prénom, n'avait pas un cœur de pierre. Elle ne voulait pas se laisser aller, elle voulait se battre, et exposer leur vérité à la face de ce monde qui leur était parfois hostile. Son rêve : arriver un jour sur scène, côte à côte, main dans la main. Même si ce n'était pas évident d'y arriver dans les méandres des coulisses avec tout un orchestre aux instruments plus massifs les uns que les autres, l'innovation faisait partie de leur relation. Pouvoir assumer leurs sentiments serait un cadeau, pour l'une comme pour l'autre. Peut-être empoisonné, mais un vrai cadeau.
Ainsi, au retour de la capitale italienne de la mère et la fille Liverstein, Lisaya Esteban, violoniste de son état, attendait, elle aussi, le verdict des médecins. Pour ou contre. Vie ou mort. Vie ou mort de sa passion pour la musique ? Elle ne le saurait que quand le couperet serait tombé. Peut-être sur le cou de sa compagne, peut-être à côté.
Sentant l'ébullition dans la chambre, sans en connaître la raison, Rubis commença à s'affoler, elle ne voulait pas baisser les bras. Il arrivait que des personnes se réveillent des années après, pas vrai ? Alors, pourquoi pas elle ? Pourquoi la laisser partir ? Elle était bien, là, parmi eux ! Pourquoi ? Tout son corps, toutes ses cellules criaient ce mot, et pourtant...
Pourtant, la décision de la famille fut sans appel, et coupa le souffle aux deux jeunes instrumentistes. Leurs vies étaient coupées. Fauché le fil qui les retenait au monde des vivants ! Une infirmière arrêta doucement le respirateur, alors que Rubis essayait vaillamment de happer les dernières goulées d'air qu'elle sentait passer à travers ses poumons. Son cœur s'affola, il ne voulait pas lâcher, les larmes dévalèrent les joues de Lisaya, désespérément accrochée à son amour comme si elle pouvait l'aider. Elle le faisait, indiciblement. Quand le médecin enleva doucement le tube du respirateur de la gorge de la jeune violoniste, ça brûlait. Ca faisait mal, mais elle avait conscience de la douleur, et de pouvoir l'atténuer. Elle respira, encore, et encore. Et finit par ouvrir les yeux, sous ceux ébahis de toute la salle, sa compagne la première.
Elle était en vie, voilà ce qu'elle voulait crier à la face du monde ! Elle luttait et ne voulait pas s'en aller, elle ne voulait pas les laisser en plan. Elle voulait vivre, vivre son amour au grand jour, vivre son amour pour la musique, vivre sa passion pour son instrument et pour celle qui la partageait. Pour tous les membres de l'orchestre qui la soutenaient et la suivaient à chaque concert, et à qui elle lançait des regards de fierté, de connivence, à la fin de chaque morceau bien interprété. Elle pouvait à peu près respirer seule, mais elle avait mal. Son rythme cardiaque était beaucoup trop rapide. Tel était cette fois le diagnostique. Rapide, mais son cœur avait tenu.
« C'est un miracle ! » murmura l'une des infirmières.
Un miracle devenu réalité pour une poignée d'êtres vivants. Une poignée de musiciens et quatre femmes, que la proximité de la mort avait rapprochées.
Si Madame Liverstein avait d'abord refusé de croire les mots décousus qui étaient sortis de la bouche de Lisaya, elle voyait au regard de sa fille que ce n'était pas qu'une passade, elle voyait que ce n'était que Cupidon qui, après avoir fauché le printemps et fait une pause dans la vie de la jeune femme, lui avait offert un bel été, éclatant comme celui de Vivaldi, plein de couleurs et d'applaudissements, plein de beauté et de violon.
La musique adoucit les mœurs, mais aussi les âmes. Elle donne le courage de puiser au fond de soi pour en faire sortir toutes ces émotions aux travers de quelques notes. C'est grâce à ça que Rubis a tenu, et qu'elle tiendra tant que la musque vivra. Ad vitam aeternam.
© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de DiBee
| Commentaires | Favoris et notifications | Corrections |
|---|---|---|
| Images | Impression | Gestion |
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire. | |