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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 02/07/2008 à 12h42 - Mise à jour : le 02/07/2008 à 12h42 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 379 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1956 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 02/07/2008 à 12h42 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 379 - Mots : 1956 |
Encore une participation à un concours, une idée arrivée de je ne sais où qui a aboutit quelque part.
Une grand merci à L'Autre (Historien) pour ses lecture correction commentaires sur le texte et surtout sa rapidité avec tout ça !
Une fois de plus, je tiens à préciser que mes connasisances sur ce que je décris (les effets de cette phobie) son limités et donc qu'il peut exister d'éventuelles incohérences.
Musique conseillée : Damien Rice : http://www.deezer.com/#music/result/all/damien%20rice
Did the Liberty rose ? Will she rise anymore ?
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Résumé : Une roseraie. Une femme seule, isolée. Et un évènement qui vient chambouler sa vie... Sous la forme la plus adorable qui soit. =>Histoire inscrite au concours le trickster proposé par Willhyu |
Les mains posées contre la paroi froide de la serre, Liberty regardait la pluie qui coulait le long des plaques de verre. Entourée par ses roses adorées, elle respirait à pleins poumons l'air qui embaumait ce doux parfum mystérieux. Qu'y a-t-il de plus beau que des roses, en bouquet, en grappe, en serre, en pépinière, en... Il y avait des dizaines et des dizaines de combinaisons possibles.
Elle se voyait, elle-même, à l'âge de 5 ans, pour la fête des mères, apporter à la sienne une superbe rose du jardin. Elle s'était écorchée en la cueillant, mais ne l'avait pas senti. Le sourire qu'elle avait reçu en remerciement valait tous les baumes du monde.
Aujourd'hui, sa maison, son domaine, étaient vides de tous cris d'enfants, vides de bruits, chuchotements, sourires, et ce depuis longtemps déjà. Les seules personnes admises à passer le seuil de la porte étaient rares, et précieuses, leur amitié comptait ; mais, vite, elles repartaient. Ne pouvant supporter cette atmosphère trop studieuse, trop figée. Une maison morte, voilà ce qu'elle habitait. Et, elle, elle était la mort, celle qui répandait autour d'elle le mal contagieux, celle qu'on défendait à quiconque d'approcher, sous peine d'en revenir changé. Chaque jour, elle faisait le tour, à l'infini, de sa maison, sa roseraie, soignant chaque plante comme un souffle de vie échappé, lustrant chaque meuble avec respect, suivant des yeux les courbes des dessins qui tapissaient les murs, au gré de ses envies. Son commerce, vu de l'extérieur, était florissant, ses roses si réputées. De là où elle était, elle ne se voyait que comme une petite fourmi comme les autres dans l'énorme fourmilière qu'est le monde extérieur. Elle travaillait, toujours autonome, ou presque. Chaque intérimaire que lui envoyaient les agences de recrutement partait, sous quelques jours, incapable de supporter une atmosphère si pesante. Alors, elle faisait tout, toute seule. Son seul moyen de communication : internet. Elle voyait, entendait, les personne de l'autre côté de l'écran, sans jamais trop se dévoiler. Elle se méfiait de tout, jusqu'à son ombre quand le soir tombait dans la serre, et qu'il lui fallait allumer la lumière qui projetait sur les murs de verre des pensées mimées, aux formes étranges, comme ces acteurs qui jouent la mort pour la dernière fois sur une scène, qu'un public renie. Sauf que, chaque soir, elle revoyait le même spectacle, rythmé en guise d'applaudissements par le son de ses chaussures sur le sol humide.
Elle allait mal, et allait même jusqu'à l'admettre, parfois. Elle se sentait seule, elle se sentait vide, inutile, elle se sentait... personne. Comme un fantôme du passé qu'on écarte. Sauf qu'elle s'écartait elle-même. C'est rare les filles qui ont peur des facteurs, surtout quand les facteurs en question sont des stagiaires bégayants, avec un tel paquet de courrier qu'ils disparaissent dessous. Mais sa peur de l'extérieur primait sur tout le reste ; pas sortir, pas sortir, tel était son mantra. Sa porte bouclée, et à double tour, elle hantait sa propre maison comme une ombre. Le soleil, lui, la suivant, faisait son petit tour, et s'en allait, laissant la place à son amie la lune. Certaines fois elle paraissait si enfantine, que les rares personnes qu'elle laissait encore entrer en étaient attendries. Mais elles étaient si rares... Si une agence lui envoyait encore l'une de ces assistantes empotée....
Elle leva les yeux au ciel, elle ne s'en sortait pas, comme ça, elle devait se prendre en main, s'affirmer, se... Chaque fois, elle se promettait la même chose, sans jamais parvenir au bout des ses propres promesses, au bout d'elle-même. Elle laissa des gouttes d'eau salées peser derrière les pétales que représentaient ses paupières. Si elle aimait l'effet de l'eau sur les fleurs, une goutte qui roule poursuit son bonhomme de chemin, elle se trouvait affreuse avec les yeux rouges. Elle avait poussé le vice jusqu'à retourner tous les miroirs de la maison.
S'immobilisant, une main en l'air, elle se mit à écouter. Elle avait entendu un bruit, un son qui n'avait rien à faire là. Se déplaçant en douceur vers la source du bruit, elle découvrit l'auteur du « délit », et ne pu s'empêcher de sourire. Un chaton, tout jeune et encore un peu pataud, avait frôlé d'un peu trop près le mur de la serre et avait épongé les gouttes d'eau qui s'étaient déposées avec la fraîcheur du soir. Et il est bien connu qu'avec l'eau, minet râle. Elle s'approcha du petit animal qui la regardait d'un air interrogateur. Les animaux, eux, au moins, ils avaient toujours su la comprendre.
Alors qu'elle était sur le point de l'attraper, il s'échappa, se faufilant entre ses jambes et continuant d'éponger la paroi. Une fois qu'il se jugea assez détrempé, il s'ébroua avec ce que Liberty crût être un air comique, et sortit de la pièce, se dirigeant vers l'intérieur de la maison, où il faisait plus chaud. Elle le suivit, et à la minute où le chat commença à ralentir, la sonnette retentit, faisant sursauté humaine et félidé. Soudain anxieuse, la traqueuse arrêta sa poursuite, pour mieux sentir un petit être poilu lui entourer les jambes en ronronnant. Celui-là, il avait bien réussi son coup. A peine eut-elle eut le temps de réaliser ce qu'il se passait, que déjà le chaton se dirigeait de son pas mal assuré vers la porte d'entrée, y déposant une patte conquérante, et tournant la tête.
« Il ressemble de plus en plus à un être humain, comme ça », s'attendrit la jeune femme.
Prenant son courage à deux main, et ce sous l'égide du petit animal, elle posa sa main sur la poignée. Pour mieux la retirer. Comme brûlée, elle regarda sa main, la poignée, d'un air hébété. La sonnette retentit encore une fois, et la jeune femme se décida. Vaincre ses peurs un jour de temps en temps...
Elle appuya fermement sur la poignée en déverrouillant la porte, cadenassée à double tour. Elle entrevit alors, au bout de la petite allée pavée qui menait à son perron, une ombre, que le jeune chat parût connaître et vers laquelle il s'élança. Figée sur le pas de la porte, la pluie battant les pavés glissants à ses pieds, elle attendit. Elle ne pouvait pas passer le seuil. Tourner la poignée lui paraissant déjà insurmontable, alors... non, elle ne pouvait pas. Elle se mit assez soudainement à trembler, de froid, de honte, de sa propre faiblesse. Elle était incapable de faire le moindre mouvement vers le monde extérieur. Elle avait construit à elle seule sa prison de verre, ses roses pour seules amies. Quand elle ouvrit les yeux plusieurs minutes plus tard, un chat mouillé se précipita dans ses bras sans se demander si elle voulait bien de lui ou pas, effectuant une superbe glissade au passage. Son propriétaire, sur le pas de la porte, gêné, s'y prit moins directement :
« Je suis votre nouveau voisin, j'habite au 221 A, juste à côté. Mon chat s'était perdu, je vois qu'il a retrouvé le chemin tout seul. Il vous aime bien, on dirait. »
Il fallut plusieurs secondes à la jeune femme pour comprendre qu'il lui parlait et qu'elle était sensée répondre quelque chose. Elle hocha la tête, caressant machinalement la touffe de poils humide posée en travers de ses genoux qui commençait à émettre un bruit de Harley Davidson mal réglée. Elle sourit en faisant la comparaison et se présenta en tendant la main, avec un sourire un peu forcé. Elle se sentait un peu ridicule, un peu mal, dans cette position. Mais elle ne voulait pas franchir la porte, pour rien au monde elle ne l'aurait franchie. Et son voisin n'était pas un extraterrestre, elle allait donc devoir remettre cette expérience à plus tard.
« Vous croyez qu'il va vouloir vous lâcher ? » La question la surprit, elle n'était pas mauvaise ! Les griffes bien implantées, le petit félidé n'avait pas l'air décidé, et commença à miauler comme une sirène d'alarme, faisant rire les propriétaires des deux paires d'yeux braqués sur lui.
D'un geste de la main, Liberty invita son nouveau voisin à entrer. Faute de pouvoir sortir, ce serait mieux que rien. Et plus sec, même si le mal était fait. Ainsi, en lieu et place d'une fourrure humide, ce fut trois éponges dégoulinantes qui s'abritèrent dans l'entrée. Un autre regard, un autre fou rire. Ce chat irait loin ! Une carrière dans Shrek serait même envisageable.
D'un coup, le regard de la jeune femme s'assombrit, le regard posé sur le portait de sa mère à l'autre bout de la pièce, elle sentit de nouvelles larmes couler le long de ses joues. Elle se sentait coupable d'être heureuse à nouveau, de rire, de sourire, sans elle. Elle se sentait coupable à chaque pas qu'elle faisait. Le chat retourna se lover contre elle, essuyant les larmes parvenues assez bas pour qu'il les atteigne.
Elle regarda le chat. Pourquoi elle ? Pourquoi ? Il agissait comme un être humain, comme.... Quelqu'un qui aurait voulu la consoler... Mais, pourquoi quelqu'un aurait-il voulu la consoler ? Elle releva une nouvelle fois les yeux vers le jeune homme, à sa gauche, avec un air interrogateur ; son visage lui disait définitivement quelque chose.... C'était, c'était.... Elle ferma les yeux ; elle savait pertinemment qui c'était... Elle garda les yeux fermés encore quelques instants. Concentrée sur l'odeur de chat mouillé. Kit Seaver, voilà qui elle avait en face d'elle, un Kit avec des années de plus, un Kit... elle n'était même pas sûre qu'il l'ait reconnue. Elle n'était plus sûre de rien. Rien d'autre que ce chat... Tout ça remontait à si longtemps. Un amour de jeunesse. Certes elle n'était pas si vieille, mais c'était l'effet qu'elle se faisait. Coûte que coûte, elle décida de redémarrer la conversation.
« Comment s'appelle ce chat?
- Destiny
- C'est un joli nom, pour un chat. Il lui va bien. »
« Définitivement trop bien » chuchota-t-elle pour elle-même. Comme si... Comme si ce chat, c'était son destin. Comme si ce destin lui disait d'aller de l'avant...
Elle décocha un franc sourire au jeune homme en face d'elle, et, prise d'un soudain coup de tête, passa la tête sous la pluie qui tombait encore à flots. Suivit son corps, et celui de ses deux « compagnons d'infortune ». Elle exposa pour quelques minutes son visage à la pluie, à l'extérieur, au vent qui balayait la ville depuis déjà quelques heures. Et rentra frileusement. Le grand saut, ce n'était pas pour ce soir. Le grand pas, elle venait de le faire. Un sourire lumineux éclaira son visage et un rictus d'incompréhension déforma celui du jeune homme qui venait de se prendre une sérieuse douche. Elle commença par le début. Elle finit par la fin. Pas la sienne, mais ça revenait au même.
D'abord, sa vie d'« avant », cet avant qu'elle n'avait pas vraiment eu le temps d'apprécier. Cet avant où sa famille était unie, où elle sortait entourée, riant aux éclats avec sa bande d'amies et répondant aux regards de garçons sans baisser les yeux. Tout ça c'était avant « la » catastrophe. Le jour, où elle avait saisi son appareil photo dans un parc, pour aller photographier une rose, sur la haie extérieure, du côté des grilles. Le jour où un automobiliste déjà ivre avait fauché sa mère, en plein jour ; ce jour, la nuit avait commencé plus tôt, pour ne plus jamais se finir. Son père l'accusant, ses amis n'osant plus la regarder dans les yeux. Sa précieuse photo gardée envers et contre tous. Affichée lors de l'enterrement, et dûment encadrée, elle trônait à présent au dessus de son bureau, elle y jetait un œil chaque seconde de la journée ; mais allait l'enlever, vivre dans le passé n'était pas la solution. Vivre cloîtrée n'allait pas l'empêcher de mourir. Un automobiliste ivre pouvait toujours foncer dans la barrière, s'encastrer dans sa maison, ou écarteler les parois de sa serre. Et tout ce qu'elle gagnerait serait une mort solitaire.
Tout au long du récit, le chat entreprit d'ajouter un peu d'humidité sur son visage déjà humide, de pluie, de larmes. Essuyant toutes ses petites traces d'amertume. Nouveau départ pour une nouvelle vie. Ca faisait cliché, et elle en rit une fois de plus. Elle n'avait plus peur. Plus peur de rire librement, plus peur d'affronter les sourires des autres, leurs mimiques, leurs demandes de fleurs, leurs... tout ce qui la reliait au monde extérieur. Elle était libre. Libre d'être elle-même.
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