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- Chapitre unique| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 03/08/2008 à 19h27 - Mise à jour : le 03/08/2008 à 19h27 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 823 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 11450 - Complet : oui - AMR : 14 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 03/08/2008 à 19h27 - Modifié : le 03/08/2008 à 19h33 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 823 - Mots : 11450 |
« Les Halls Hantés » est encore un pavé que j'ai écrit pendant que je m'ennuyais, comme quoi l'ennui est très bon pour trouver l'inspiration. Cette histoire concrétise un peu mon univers mais laisse planer le doute sur de nombreux aspects. Enfin, je vous laisse lire ça.
Pour la petite histoire, « Les Halls Hantés » est une nouvelle que je voulais écrire depuis très longtemps. Elle doit avoir en tout plus de cinq versions, certaines assez courtes, celle-ci étant de loin la plus longue et la plus étoffée. « Les Halls Hantés » est aussi un « recyclage » de mes anciennes nouvelles, notamment « La Cité Effacée », « La Caverne Morne » et quelques unes, ne dépassant pas les trois pages chacune.
Suite à l'échec évident de « La Chose dans les Livres » (et diable j'aime bien cette nouvelle pourtant), je suis resté dans un truc plus classique tout en développant cet aspect du rêve et de la réalité que j'avais déjà utilisé assez maladroitement avec « La Chose dans les Livres » (et je m'en excuse). On peut donc considérer « Les Halls Hantés » comme la petite sœur du texte précédent, en plus étoffée et j'espère beaucoup moins répétitive. Bizarrement, cette nouvelle m'a pris en tout une semaine à rédiger.
J'espère que ce texte vous plaira, et qu'il sera bien meilleur que « La Chose dans les Livres », décevante, à mon grand malheur.
Les halls hantés
| Résumé : George Wentworth Donovan était un homme comme les autres, enseignant la littérature et la philosophie à l'université de Teinsburry, Massachusetts. Seulement, des débats sur le folklore local l'amenèrent à s'engouffrer dans un rêve éveillé, ou tout simplement un véritable cauchemar... |
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La pluie coulait sur le corps inerte d’un homme, devant une maison aux abords d’une forêt aux arbres et aux buissons à l’allure inquiétante, au beau milieu d’un orage et de ses nuages noirs masquant la lune dans cette nuit sombre. Cet homme s’appelait George Wentworth Donovan, et c’était moi il y a quelques heures. Car cette sinistre histoire vous est contée de l’au-delà, derrière les rêves les plus étranges et les plus bizarres que seul l’esprit d’un poète ou d’un fou peut concevoir. J’avoue que l’histoire de mon dernier soir sur cette terre est quelque peu difficile à digérer, mais malgré ma « mort », je suis toujours sain d’esprit et enclin à vous expliquer.
Il fut un temps où je me moquais des poètes et des grands rêveurs, perdus dans un autre monde, parmi des songes merveilleux et à côté de cette chose aux mille créatures jouant de la flûte sur un air léger que seul un esprit aliéné aurait pu interpréter en son. Je ne vivais que pour le rationnel, bafouant les pensées libres de ces gens que je considérais comme stupides, s’en allant dans de vagues songes sans queue ni tête, se perdant dans l’immensité de leur naïveté et dans la complexité de leur esprit idiot.
Je m’étais fait pléthore d’ennemis dans l’université où j’enseignais, à Teinsburry dans le Massachusetts. C’était un lieu plutôt paisible, où de grandes rivières bleues s’écoulaient tranquillement le long des collines verdoyantes. Cet endroit était sujet à de nombreuses légendes et racontars des petits villages aux alentours, et je prenais plaisir à me moquer des gens qui défendaient avec ardeur ce folklore que je trouvais insensé. J’avais tort.
La légende la plus étrange était celle des halls hantés, mystérieuse structure reposant sous terre selon les dires, d’où viendrait une sombre mélopée onirique et imaginaire que des villageois dégénérés écoutaient dans leurs rêves pendant les nuits sans lune. À part Teinsburry, il n’y avait aucune autre ville dans les environs, sauf des villages perdus dans les collines inexplorées de la région assujettie à de très nombreuses histoires inconcevables pour quelqu’un d’aussi rationnel que moi. Il me fallait du concret, or je n’en avais pas.
Dans ma misanthropie sévère et ma rage de vaincre, j’allais me montrer encore plus idiot que mes adversaires qui luttaient en vain contre ma raison qui se refusait à accepter la vérité sur des mythes auxquels je ne croyais pas du tout. Bien décidé à leur prouver que j’avais raison et que rien n’hantait les paisibles et banales collines des abords de Teinsburry, jusqu’aux petits villages de Stempton, Petersburgh et j’en passe, j’allais me jeter dans quelque chose de bien plus terrifiant et cauchemardesque que je ne l’aurais imaginé, pas même dans mes pires cauchemars.
Tout commença après la lecture d’un article de la Gazette de Teinsburry ; que je vais tenter de vous transcrire le plus fidèlement possible :
Dans la nuit du 8 au 9 avril, deux chasseurs originaires de Stempton, Tim Ray et Johan Parker auraient tué une bête jusqu’à lors inconnue… Selon les dires des deux hommes sous le choc, en proie à des troubles mentaux légers ainsi qu’à une vive agitation, la créature avait un aspect ne ressemblant à rien de connu, on aurait dit un ours à la taille gigantesque et au pelage blanc, avec une gueule démesurée et des griffes aussi tranchantes que le plus aiguisé des couteaux, se tenant sur ses pattes arrières d’une taille effrayante et chuchotant dans les ténèbres.
Les deux hommes affirment avoir voulu prendre un cliché de la bête de cauchemar qu’ils tuèrent durant cette nuit calme et sans bruit, mais le temps de retourner dans la maison de Tim Ray, le « monstre » avait disparu, laissant à sa place une odeur intolérable de putréfaction.
Des enquêteurs se sont rendus sur place, selon les indications hésitantes des deux hommes, mais ne trouvèrent rien, si ce n’est cette puanteur affreuse qui régnait au milieu des arbres noirs et immuables.
Les deux hommes ont été placé sous contrôle psychologique intense dans l’hôpital psychiatrique de Providence, Rhode Island, traitant souvent de cas similaires depuis quelques années.
Cet article était daté du 9 avril 1901, soit dix-neuf ans avant les évènements étranges qui m’ont conduit, comme je vous l’ait dit plus tôt, à la mort et à un état de conscience supérieure. J’eus tôt fait de prendre une décision pour contrer mes nombreux adversaires sur leur propre terrain en leur prouvant que ces mythes n’étaient que des fariboles mystiques sans queue ni tête. Je pris le train un après midi d’octobre 1920 pour me rendre dans le petit village de Stempton, là où les deux chasseurs vivaient, appartenant à une race dégénérée de montagnards reclus et illettrés.
Le village était éclairé d’une bien étrange façon en ce soir d’octobre, un magnifique coucher de soleil rougeâtre diffusant une lumière d’apocalypse dans cet enchevêtrement de pins aux formes défiant l’imagination et de rivières bâtardes aux eaux froides où de nombreux poissons nageait tranquillement. Le village était composé de vieilles bicoques affreuses et de granges branlantes aux planches pourries et mangées par les intempéries, frappant sans pitié ces vastes collines verdoyantes et ces lacs à la surface lisse et noire. Le vieux Tim Ray habitait dans une vieille cabane à la lisière de la forêt, le long d’un petit chemin longeant un ruisseau se rendant jusqu’à Teinsburry, un peu à l’écart de Stempton.
Je frappai à la porte du sexagénaire, celui-ci m’ouvrait la porte quelques secondes plus tard, la mine creuse et le teint blême. Il avait le visage de quelqu’un qui avait vu l’horreur dans les yeux. « Qu’y t’il m’sieur ? V’z’êtes des services spéciaux d’la ville ? ». Je me présentais rapidement à mon hôte ; George Wentworth Donovan, professeur de littérature et de philosophie à Teinsburry, Massachusetts. « Ouais, z’êtes un gars d’la ville hé ! ».
Tim Ray était vraiment quelqu’un d’effroyable. Il avait un aspect cadavérique et parlait en chuchotant comme s’il craignait que quelque force, quelque chose l’épiant ne l’entende et ne surprenne notre conversation. Son aspect stupide et sa mine horrible et craintive me répugnaient, mais il en savait plus sur le sujet que n’importe qui ici, sachant que son compagnon de chasse, Johan Parker était décédé il y a de ça dix-sept ans en asile psychiatrique à Providence. J’insistais pour écouter son récit de la nuit du 8 avril 1901, mais Ray refusait catégoriquement de m’en parler. « Si c’est pour ça qu’v’s’êtes v’nu, ça sert à rien hé. R’partez dans vot’ coin là, à Teinsburry chose, mais fichez moi la paix ! ».
Ses yeux bleus et vitreux perçaient l’obscurité malsaine de la cabane de Stempton, au milieu d’arbres noueux et de cours d’eau calme. Il refusait toujours de me communiquer quoi que ce soit concernant cette nuit de chasse où ils rencontrèrent une créature inconnue venant des cycles extérieurs du continuum espace-temps, une chose fabuleuse qui n’était que le prélude d’une découverte bien plus importante encore, mais je vous parlerai de tout cela plus en détail ultérieurement. Tim Ray m’accorda volontiers une nuit chez lui. Même si ce lieu insalubre et répulsif m’arrachait des spasmes d’effroi et de dégoût, je voulais à tout prix entendre le vieillard.
Je ne puis me résoudre à dormir cette nuit là, quelque chose troublait mon sommeil, mais les événements qui s’en suivirent furent bien plus troublants et énigmatiques encore que le cauchemar que je fis cette nuit. J’avais vu des choses innommables durant mon sommeil ; des cités cyclopéennes à la géométrie absurde qu’un mathématicien ou un physicien aurait trouvé ridicule et inconcevable, j’avais entrevu des îles gigantesques couvertes d’un limon noir et d’algues nauséabondes, couvrant les surfaces rocheuses, perdues au milieu d’un océan de cadavres à la peau moisie, et grands dieux !, ces couloirs de pierre noire et ces orbes orangés flottants dans l’obscurité malsaine et flétrie d’un donjon ou d’une autre structure souterraine et hantée.
Je me réveillai en sursaut, couvert de sueur dans ce lit aux couvertures miteuses, dans une chambre misérable de la cabane de Tim Ray. Celui-ci se trouvait toujours au même endroit, assis sur une chaise grinçante, se balançant d’avant en arrière de temps à autres en ronflant bruyamment. Je m’approchais du vieillard repoussant en silence pour mieux l’observer. Son visage creusé montrait bien qu’il avait enduré quelque chose d’affreux dans son passé. La chose inhumaine du 8 avril 1901 ne l’avait pas laissé indifférant, mais la mort de Parker était elle aussi extrêmement étrange.
J’avais suivi cette affaire avec grande attention depuis quelques temps pour tenter de coincer mes adversaires sur ces mythes et légendes farfelues des montagnes hantées des environs de Stempton. C’est donc naturellement que j’appris la mort du compagnon de Tim Ray ; Johan Parker, décédé un soir de décembre 1904. Cependant, en questionnant l’un des médecins de Parker, une terreur indescriptible m’emplit lorsque je me rendis moi-même à Providence en 1919 afin d’en savoir un peu plus. Le docteur Hicks, placide et décontracté, me raconta la longue descente aux enfers de Johan Parker, jusqu’à sa mort inexpliquée ce soir de décembre 1904. Chose étrange, personne ne pouvait réellement situer la date de la mort du fou, pas même les deux médecins légistes de l’hôpital de Providence !
Johan Parker, outre le fait d’être dénué d’intelligence extraordinaire, semblait développer des capacités mentales et psychiques troublantes, improbables et surprenantes. En effet, l’aliéné était sujet à des rêves d’une rare poésie et les transcrivait sur papier pendant son sommeil, alors que tout le monde savait pertinemment que Parker ne savait pas écrire. Et pourtant, il écrivait ses rêves avec une poésie digne de Poe ou de Mallarmé, dans un anglais impeccable, sans faute et onirique à souhait. Lorsque Parker se réveillait, il avait tout oublié de ses rêves et reprenait l’aspect bourru et stupide d’un montagnard dégénéré.
Les aliénistes étaient déconcertés et n’arrivaient pas à comprendre ce qu’ils avaient devant eux. Pour certains, il s’agissait d’une forme de schizophrénie extrêmement développée, pour d’autres, il était question d’une auto hypnose ou encore d’une projection astrale. Le Dr Hicks n’avait pas réellement de position quant à cette affaire mystérieuse et confuse, il se contentait juste de regarder et de prendre des notes. Tim Ray, quant à lui, ne semblait pas développer d’aspects extraordinaires comme son compagnon. Certains médecins pensèrent que le contact avec la bête cette nuit d’avril 1901 aurait rompu une barrière psychique et aurait entraîné cette dégénérescence. Pour le Dr Hicks, Parker était atteint d’un mal inconnu que personne ne pourrait réellement guérir. Mais Parker ne voyait pas réellement de choses affreuses ou extraordinaires dans ces rêves emplis d’une poésie presque inhumaine. Cependant, le Dr Hicks me confia une des notes de Parker , sa dernière avant son tragique et énigmatique décès :
Les sombres tours aux formes géométriques dépassant l’humanité et ses yeux naïfs et stupides s’élèvent, au dessus de cet océan de chair flétrie, noire et nauséabonde. Nys Le Grand attend Sa résurrection parmi ces algues et ces eaux tumultueuses, au milieu des halls hantés et de ses océans souterrains. La cité cyclopéenne où Il repose s’ouvrira bientôt, et Il pourra ainsi rejoindre Sa constellation, au milieu d’étoiles scintillantes et de Ses serviteurs aux flûtes d’argent Lui chantant des berceuses apocalyptiques. Ainsi, Il règnera à nouveau et sera libre de faire ce qu’Il désire.
Peu de temps après avoir écrit ces derniers mots qui n’avaient aucun rapport avec les précédents descriptions de ses rêves, Johan Parker mourût d’un mal inconnu dans des circonstances étranges jamais élucidées. Les légistes conclurent à une lésion irréparable du cerveau, et je frémissais en lisant le sombre écrit que le Dr Hicks me confia en soupirant longuement. Pour moi, Parker était mort car son cerveau n’avait pas tenu le choc. Il avait vu quelque chose dans ses rêves qui le tua aussitôt, quelque chose d’affreux, ou de tout simplement fabuleux.
Comme je vous le dis, cette nuit d’octobre 1920 où je ne pouvais trouver le sommeil dans la maison du compagnon de feu Johan Parker, Tim Ray, mon rêve représentait exactement la même chose que celui que le fou de l’asile de Providence avait décrit sur son petit bout de papier pendant qu’il dormait profondément cette nuit neigeuse et sans lune. Cependant, je ne croyais toujours pas à ces mythes et ces racontars sur les halls hantés et ce mystérieux Nys, considéré par Parker comme l’équivalant d’une divinité ou d’une force supérieure.
Malgré ma rationalité à toute épreuve, je devais avouer que la mort mystérieuse de Parker ne pouvait pas être expliquée scientifiquement. Cependant, les évènements de la nuit 17 octobre 1920, jour durant lequel je me rendis à Stempton interroger Tim Ray furent eux aussi déroutants et d’une étrangeté que je ne pouvais pas expliquer. En effet, alors que, comme je l’avais dit, je regardais le sombre vieillard dormir tout en ronflant, celui-ci ouvrit les yeux soudainement et me fixa comme si j’étais le diable en personne.
Ses yeux bleus perçaient l’obscurité de la nuit enténébrant la cabane de Stempton, le teint vitreux et creux de ses yeux ayant complètement disparu. Celui-ci attrapa machinalement un bout de papier et se mit à écrire quelque chose, un texte prosaïque empli d’une démente poésie, alors qu’il semblait plongé dans une léthargie froide et maladive. L’effroi me paralysait, je ne pouvais pas prononcer mot et mes jambes étaient paralysées. Tim Ray continuait à rédiger son sombre poème en prose, sans regarder sa feuille. Son écriture était visiblement celle d’un grand lettré, probablement celle d’un écrivain qui en connaissait long sur le sujet.
Je me souvint soudain que Ray, tout comme Parker, ne savait pas écrire. Pourtant, j’avais devant moi un homme écrivant avec une rapidité folle, celle d’un virtuose jouant du piano avec un rythme effréné. Lorsque le vieillard eut fini la rédaction de son obscur écrit, il s’affaissa et tomba de sa chaise dans un bruit pesant, lourd et d’une mollesse incroyable. Je tâtais le pouls du sexagénaire ; celui-ci était mort !
La description du rêve qu’il venait juste de faire était mot pour mot celle de son ami feu Johan Parker, et l’écriture était exactement la même. Une terreur moite emplissait mon être à cet instant ; les deux hommes avaient croisé une créature de cauchemar, l’avaient abattu, et maintenant une entité supérieure cherchait vengeance. À quoi tout ceci rimait ? Pourquoi cette chose cherchait à se venger de la sorte, en plongeant les deux chasseurs dans une démence impossible à élucider et sans aucun retour ?
Je sortais de la maison, le moral sapé et en proie à une agitation inexplicable. J’avais rêvé d’une chose qui venait de tuer Tim Ray et qui avait conduit son ami Johan Parker dans une mort similaire après le même rêve ! Je n’étais pas idiot, et, malgré moi, je commençais petit à petit à croire à ces légendes des collines isolées et inexplorées du Massachusetts montagnard. Je pris le premier téléphone que j’eus trouvé et appela immédiatement l’asile psychiatrique de Providence, les prévenant que Timothy Howard Ray était mort le 17 octobre 1920 à soixante sept ans.
Je ne pouvais m’empêcher de trembler comme une feuille ce soir là, alors que j’étais dans une vieille maison rudimentaire de bois et de pierre bordant un précipice et de verts pins. Le propriétaire de la maison, Trent Cowl, était un ami des deux vieillards morts dans les mêmes circonstances inexpliquées. Alors que j’attendais la police que j’avais moi-même appelé quelques minutes auparavant, en même temps que l’asile psychiatrique de Providence, Cowl me raconta ce que Tim Ray et Johan Parker virent cette nuit lugubre du 8 avril 1901.
Je ne sais pas comment Cowl avait réussi à faire parler le vieillard, et à vrai dire je ne veux pas le savoir. Toujours est-il que feu Timothy Ray lui confia son dernier secret avant de mourir, celui de la nuit d’avril. Trent Cowl semblait beaucoup plus civilisé que les autres montagnards, en outre, il était le seul habitant à Stempton à posséder un téléphone. Cowl était un homme d’une quarantaine d’années, plutôt maigre et à l’aspect inquiétant, probablement à cause de ses joues creuses et de ses longs cheveux noirs qui bouclaient légèrement, lui donnant un air de spectre. Il me conta la sombre histoire des deux chasseurs, dans l’obscurité du petit salon dans lequel je pris place, sur un fauteuil de paille ancienne.
Les deux chasseurs avaient entendu des bruits étranges dans les montagnes encerclant le village de Stempton et les gorges des alentours. Ils auraient même entendu des bruits similaires vers les sources de ces fougueux et furieux torrents qui jalonnent les collines de pins verts du coin. Toujours est-il que les deux vieillards, réputés dans le village et dans les hameaux voisins pour être d’excellents traqueurs, pensèrent tout d’abord à un ours ou à un animal d’une taille colossale. Ce n’est que lorsqu’ils trouvèrent des traces de pas étranges qu’ils commencèrent à être envahis d’une crainte rampante et soudaine ; car c’est inéluctable, les deux chasseurs savaient à cet instant qu’une bête qu’ils n’avaient jamais vu rôdait dans les forêts touffues et escarpées des environs.
Trent ne pouvait pas réellement situer cet instant dans le temps, il plaçait cet événement le 4 avril 1901, soit quatre jours avant la macabre découverte et le début de leur longue folie. Cowl continuait son obscur récit, toujours plongé dans une pénombre qui m’arrachait quelques frissons et de nombreuses grimaces apeurées. Les deux compagnons étaient repartis traquer la « bête des collines » le jour d’après, alors qu’un temps maussade balayait les collines venteuses et ses grands pins. La pluie avait recouvert les traces étranges de la chose qui rôdait dans les montagnes de Stempton. Ils ne purent donc pas prendre de photographie, comme ils tentèrent de le faire trois jours plus tard.
Cependant, la traque de la bête ne menait nulle part, les deux amis rentrèrent bredouille pendant deux jours, jusqu’à cette date qui restera à jamais gravée dans la mémoire de Trent Cowl ; le 8 avril 1901. Ce jour là, Ray et Parker étaient sujets à une vive agitation ; en effet, le tonnerre avait frappé les collines toute la nuit et les éclairs avaient révélé une sombre caverne où de très nombreuses traces de pas similaires à celles trouvées dans les collines quatre jours auparavant jonchaient littéralement le sol.
Les deux chasseurs pensèrent à une véritable meute de ces monstres inconnus, invisibles et se déplaçant la nuit. Les deux amis décidèrent de se poster devant la grotte, embusqués et bien armés, attendant qu’une ou plusieurs de ces créatures n’arrivent. La nuit du 8 avril était sans lune, et, au bout d’un moment passé à attendre, les deux hommes virent soudain la créature qu’ils attendaient. Cowl n’avait pas de réelle description, car les propos des deux hommes différaient en quasi totalité. Les seuls éléments de la chose sur lesquels ils étaient d’accord étaient la mâchoire démesurée de la bête, ses griffes, son pelage blanc, et surtout, cette envie de meurtre qui se lisait sur son visage dénué d’expression faciale ; car la créature n’avait tout simplement pas de visage !
Cowl avait tenté d’obtenir plus d’informations de Ray, car il m’avoua que Parker, qui vit la bête fabuleuse en premier, devint fou assez rapidement. Hélas, Ray refusait catégoriquement de parler de cette sombre nuit à quiconque, ce souvenir l’ayant profondément marqué. Trent Cowl avait lui même essayé de trouver la fameuse grotte où le monstre apparût, mais il ne trouva rien malgré ses nombreuses sorties. Depuis ce jour, les habitants des environs ne se déplacent plus dans les parages, réputés hantés par une force mystique enfouie au plus profond des entrailles des montagnes verdoyantes.
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Quelque jours après avoir questionné Cowl, et après que la police eut procédé à de très superficielles recherches ; cette affaire ne les concernant pas réellement, je me mis en quête de trouver des informations supplémentaires dans la maison de feu Tim Ray. Une chose m’inquiétait, me faisait me poser de nombreuses questions, pourquoi Tim Ray, jusqu’à lors sain d’esprit, écrivit-il ce sombre texte dix-sept ans après la mort de son compagnon ? Et pourquoi ce texte en particulier ? On avait recensé pas loin de cinquante quatre textes que Parker écrivit dans l’asile psychiatrique de Providence avant sa mort étrange.
Toujours est-il que je cherchais désespérément des éléments de réponses dans la petite cabane moisie du montagnard, mais je dus vite me rendre à l’évidence ; il n’y avait rien ici susceptible de m’aider dans ma quête. Cependant, quelque chose se produisit quelques instants plus tard. Cette période courte est assez trouble, et j’ai moi-même du mal à y croire aujourd’hui ; alors que je me trouvais dans la chambre dans laquelle j’avais dormi quelques jours auparavant, j’entendis les échos d’une vive discussion dans la pièce juste à côté.
Les paroles étaient à peine audibles, mais je pus entendre distinctement trois individus chuchotant vivement dans les ténèbres. Je ne pus réellement saisir le sujet de cette discussion nocturne, mais une des voix me sembla extrêmement et étrangement familière. Je ne ressentais pas de peur à cet instant, non. C’était un autre sentiment, quelque chose de plus énigmatique qu’une quelconque crainte. Je m’approchais furtivement de l’embrasure de la porte de la chambre menant directement dans la salle principale de la cabane, et c’est avec effroi et dégoût que je vis deux personnes assises dans la pénombre malsaine de la nuit ; en l’occurrence Tim Ray et Johan Parker.
J’étouffai un cri. Parker était absolument affreux ; le temps avait décomposé la moitié de son corps flétri et bouffi, rongé par un quelconque mal. Tim Ray était encore plus maigre qu’avant, et ses cheveux jaunes paille n’étaient plus qu’une mer blanche et souillée. Les deux hommes chuchotaient avec quelqu’un d’autre, murmurant des paroles que je ne comprenais pas avec une voix atroce que jamais je n’oublierai, on aurait dit un amas de sons mécaniques, comme les voix grotesques des automates que l’on voit parfois au théâtre.
Une sorte d’air de flûte flottait follement dans l’obscurité de la maison. Je n’arrivais pas voir la troisième personne, enfin, si c’était une personne, bien entendu, mais sa voix métallique se répercutait toujours dans la maison. Au bout d’une éternité, je vis les deux hommes assis s’évanouir sans bruit dans les ténèbres, emportant avec eux leur discussion ainsi que la sinistre mélopée qui retentit quelques minutes auparavant.
Je quittais abasourdi la maison du mort que j’avais vu il y a seulement quelques instants, l’esprit égaré dans les étoiles démentes des cieux ennuagés. Je ne savais plus quoi penser de tout ceci. J’avais appris énormément de choses, mais il restait encore pléthore de mystères à élucider. En outre, mon inconscient me poussait à chercher l’entrée de la grotte énigmatique où les deux hommes virent cette chose affreuse qui les contamina et qui entraîna leur longue mort. Ma raison en avait assez accumulé, mais une part de moi voulait connaître la vérité qui se cachait dans ces grandes étendues escarpées du Massachusetts.
Je ne sais pas quelle folie me poussa, ce matin d’octobre, à me rendre dans les montagnes verdoyantes éclairées par un soleil timide. J’avais demandé à Trent Cowl de me fournir un fusil de chasse et quelques munitions. Ce dernier m’avait effectivement donné ce que je souhaitais, me mettant en garde sur la dangerosité des montagnes depuis ce lugubre incident que je ne connaissais que trop bien désormais. Je n’avais pas réellement d’expérience avec les armes à feu, mais ce fusil à canon scié et ces chevrotines pourraient sans aucun doute me sauver la vie.
J’escaladais péniblement les chemins tortueux et les bosquets aux arbres inquiétants, m’enfonçant encore et toujours dans des lieux que même le soleil ne pouvait éclairer. Au bout d’un moment, je fus arrivé dans un endroit extrêmement étrange qui ne manqua pas de me faire frissonner. En effet, tout un pan d’une des nombreuses montagnes était vide de vie. Les oiseaux, pourtant si nombreux dans ces bois d’une rare beauté étaient absents. Il n’y avait aucune souris, aucun écureuil, pas même des lapins, sans compter les biches et autres cerfs.
Un gigantesque lac à la surface noirâtre et lisse reposait paisiblement entre deux monts aux sommets arrondis, couverts de pins à l’aspect lugubre et étrangement noueux. Je me sentais extrêmement mal à l’aise dans ce paysage de désolation si bizarre, et, malgré moi, je me réjouissais, car je sentais que je venais de toucher au but. La grotte ne devait plus être loin, car je vis quelque chose au bord du lac et de ses roseaux obscurs qui me terrifia et me fit sourire en même temps. Devant moi se trouvaient dans la terre fraîche du sentier de nombreuses traces de pas démesurées ne ressemblant à rien de connu.
On aurait dit de larges pattes ayant appartenu un à félin, à en juger par la forme de base. Mais le tout formait une géométrie si étrange que je ne pouvais pas déterminer à quel animal ces traces appartenaient. Le vent commençait à souffler au loin, balayant paisiblement les roseaux et les plantes étrangement grisâtres du bord du lac. Sur un pic escarpé au loin nichait un petit village de seulement quelques maisons au cheminées embrasées en ce soir venteux qui laisserait bientôt place à la nuit.
Sans que je puisse l’expliquer, le sombre lac m’effrayait ; je sentais – et ce à mon grand étonnement – quelque chose de menaçant et de gigantesque reposer au fin fond des profondeurs abyssales du sinistre lac. Mon objectif pour l’instant était de rejoindre le petit hameau de quelques maisons éclairées à flanc de pic, où un peu de neiges éternelles venaient briser la monotonie et l’obscurité malsaine et inquiétante de la colline et du lac.
Un précipice insondable séparait la colline du pic ; fort heureusement, un pont de pierre les liait. Il suffisait juste de suivre le sentier et de bifurquer à droite. L’autre chemin, celui de gauche, menait au sommet de la colline lugubre que je voulais aussi aller voir. Mais pour l’instant, il me fallait prendre du repos avant d’escalader ces parois qui devenaient de plus en plus dangereuses, surplombant l’abîme verte du massif rocailleux couvert de verts sapins et d’immenses chênes aux troncs centenaires.
Le pont de pierre était une vieille construction, à en juger par l’état des frêles arches sur lesquelles la structure de mortier reposait. Je m’étonnais de la quiétude et de la clémence du climat, pour un mois d’octobre, le temps était vraiment idyllique. Mais je savais que ces impressions seraient de courte durée. Même si je refusais encore d’y croire, quelque chose de terrible rôdait dans les collines et dans les environs ; une bête formidable que je voulais absolument voir de mes propres yeux.
Le minuscule village dans lequel j’avais décidé de passer la nuit était construit avec une étrangeté presque amusante, les maisons horribles aux fondations plus que douteuses reposaient sur d’énormes pierres de basalte, uniques témoins de l’activité volcanique d’autrefois. Les arbres d’une taille colossale jouaient avec les structures basiques et hideuses que ces montagnards avaient érigées ici il y a de ça des centaines d’années. Même si ces maisons simplistes me répugnaient, je ne pouvais que sourire devant ce spectacle grotesque et, ma foi, fort amusant.
J’avais trouvé quelqu’un susceptible de m’héberger pendant la nuit, un certain Jedediah Wade, habitant une cabane miteuse un peu à l’écart des autres maisonnettes de bois, de pierre et de tuiles usées par le temps. Jedediah Wade était un passionné de randonnée, et s’était établi ici après avoir été séduit par ces collines pleines d’un charme qui, selon lui, l’avaient hypnotisé. Wade était originaire de New York, mais, dégoûté par cette ville, il était parti à l’improviste en 1917, abandonnant son travail, sa famille, ainsi que tous ses biens.
Je ne comprendrais jamais quelle folie a pu pousser Jedediah à m’accompagner jusqu’à la grotte où Parker et Ray avaient vu la bête formidable pendant cette nuit d’avril, mais je me rendais coupable de sa disparition, et probablement et tout simplement de sa malheureuse mort. C’était un homme d’une cinquantaine d’années à la barbe sage et aux lunettes rondes soulignant un esprit très cultivé. Il était plus ou moins robuste et avait l’habitude de se promener dans les collines et sur les aiguilles abruptes des environs. À vrai dire, je pense que je n’aurais jamais atteint la grotte sans son aide.
Je lui expliquais longuement la raison de ma venue dans un lieu aussi reculé de la civilisation que j’aimais tant, et il me confia qu’il avait lui aussi entendu des bruits étranges venant de la colline à l’est du pic d’Amy, celui sur lequel nous nous trouvions actuellement. En fait, il avait abandonné New York principalement car il s’intéressait lui aussi de près à cette mystérieuse affaire. En outre, il avait des liens de parenté avec feu Johan Parker, dont il était un neveu éloigné. Cela me semblait plausible, puisque Parker était âgé de soixante deux ans quand il mourût en 1904.
Cependant, je me méfiais un peu de tout depuis que j’étais arrivé à Stempton, après avoir descendu la grand rue et m’être aventuré dans la sombre demeure de Tim Ray. Je sentais une ombre obscène flotter au dessus de ces pins majestueux et de ces chênes à l’aspect noble et ancien. Il était étrange de rencontrer un homme, en plus venant d’une grande ville, dans un coin si reculé du pays. Le plus bizarre, c’est que l’homme que j’avais devant moi connaissait quelques détails, mais après quelques conversations, il s’avéra que Jedediah Wade ne savait pas grand chose concernant cette affaire, et je dus lui expliquer nombre de détails. Je transportais avec moi beaucoup d’écrits que le Dr Hicks et le Dr Nance — un autre médecin s’occupant de Parker — m’avaient confié.
Wade était réellement passionné par le sujet, et il me proposa de me conduire jusqu’à la sombre grotte selon les indications maladroites que Trent Cowl m’avait fournies quelques jours auparavant. Malgré moi, je ne pouvais refuser une telle offre. Il m’indiqua une petite chambre dans laquelle je pouvais me reposer si je le désirais. Je m’effondrais sur le lit lorsque le sommeil commença à s’emparer de mon être. Quelques secondes plus tard, je fus transporté dans un tourbillon de flûtes aux sonorités douces et gracieuses et je m’endormis paisiblement.
Je me réveillais brusquement en plein milieu de la nuit, après avoir entendu une détonation, un coup de feu ou bien un éclair venu s’abattre tout près d’ici. Je me levai et, machinalement, saisit mon fusil de chasse, revêtit un manteau ainsi que mon chapeau et sortit au dehors. Jedediah Wade tenait un fusil dans ses mains, et une sorte de liquide infâme couplé à une odeur pestilentielle et intolérable coulait sur le sombre sentier de terre fraîche. Jedediah venait de tirer sur un des monstres qui s’en prenaient à lui depuis déjà quelques jours. Il me montra d’un air sombre les sinistres traces de pas au sol. Elles étaient identiques à celles du bord du lac.
Wade m’expliqua qu'il avait photographié, y a cinq jours de ça, d’étranges symboles gravés dans les pierres de granit et de basalte des environs, au bord du lac. Wade n’avait aucune idée de la signification de ces signes bizarres, mais l’un d’eux m’était vaguement familier, sans que je puisse expliquer pourquoi. C’était une sorte de demi-lune coupée par une énorme ligne droite et longue, coupant le demi-cercle en son centre. D’autres cercles entouraient le sombre symbole, et des points étaient disposés tout autour. La gravure était d’une netteté et d’une précision remarquable.
Jedediah avait par ailleurs repéré la grotte que je voulais aller voir, et depuis cette lugubre découverte, Wade est traqué en permanence. Je ne savais que dire, car à cet instant le sinistre signe me hantait. Je l’avais déjà vu quelque part mais il m’était impossible de me souvenir du lieu et de la date. Les autres symboles m’étaient totalement étrangers et étaient totalement différents les uns des autres. Jedediah Wade m’expliqua que les rochers sur lesquels étaient gravés ces signes semblaient former une forme géométrique indéterminée. Il pensait à un pentacle. Cependant, selon lui, ce pentacle imaginaire n’était pas tout à fait terminé.
Après une analyse, nous étions arrivé à la conclusion que ces étranges symboles formaient une espèce d’alphabet hiéroglyphique venant d’un temps encore plus ancien que ceux que nous connaissions auparavant. Je fus étonnamment troublé lorsque je comparais cet alphabet primitif et ma foi fort complexe avec d’autres alphabets. Pour ce qui est du pentacle imaginaire, Jedediah pensa tout d’abord qu’il manquait plusieurs pierres marquées d’un étrange symbole autour du lac. De plus, la récente agitation des créatures de la colline l’amenait à croire à cette hypothèse. Ces étranges symboles partageaient quelques ressemblances avec les anciens hiéroglyphes qu'on trouva jadis dans des temples et des constructions primitives et antiques, datant de temps immémoriaux.
De mon côté, je voulais à tout prix voir la caverne de mes propres yeux, au risque de périr. Nous n’étions qu’à un mile de Petersburgh, le plus proche village des environs qui donnait une vue imprenable sur Amy Peak et le grand lac sans nom. Je fus heureux d’apprendre que ce lac n’avait aucun nom, car celui-ci me faisait frissonner lorsque je le regardais. Je sentais quelque chose de malsain, de pervers et de dangereux flotter au dessus de sa surface lisse, comme si elle était figée dans l’abîme du temps. Nous partîmes au petit matin en direction de la caverne et de la fameuse colline hantée.
La traversée fut d’assez courte durée, nous n’étions qu’à un demi mile du lac ; la grotte n’étant, comme je le soupçonnais, non loin de cette étendue d’eau mystérieuse. Après être arrivé devant le grand bassin noir, nous longeâmes les sombres allées de pins, de rochers et de chênes jusqu’à arriver au bord d’un précipice, après avoir dépassé Petersburgh depuis déjà quelques vingtaines de minutes. Le gouffre était d’une profondeur titanesque, alors qu’il n’était à peine que neuf heures du matin, le soleil ne pouvait pas éclairer le fond du ravin que j’imaginais lointain. Le bord du sommet de la colline était dénué de végétation, il régnait ici une odeur ainsi qu’une couleur de cendres, comme si ce paisible endroit avait jadis été carbonisé.
Une certaine frayeur parcourait mon corps à mesure que nous montions le long de l’aiguille rocheuse qui constituait le sommet de la colline hantée. Nous n’avions point remarqué de choses extraordinaires ou étrange, mais Jedediah et moi-même sentions une sorte de présence tapie dans ces arbres ayant vécu un nombre incalculable d’éternités. C’était comme si quelque chose nous observait, camouflé dans les ombres insondable des feuilles et des immenses troncs. Nous avions commencé à avoir ce sentiment après avoir dépassé Petersburgh, et, pour être exact, j’avais senti une sorte de souffle glacial et bestial quand nous arrivâmes à la limite brûlée.
Je me sentais à cet instant dans le royaume de ces créatures cauchemardesques que nous verrions probablement dans quelques minutes, après avoir franchi ce sentier sinueux et extrêmement dangereux. Jedediah Wade n’avait aucun mal à franchir ces lieux escarpés. En revanche, j’étais peu habitué à ces randonnées dans les montagnes, détestant ces lieux vides de vie humaine. Car j’avais beau haïr mes congénères, je ne pouvais pas vivre sans eux.
Après quelques rudes efforts, nous arrivâmes au sommet de la montagne. Je fus émerveillé par la beauté du panorama qu’offrait ce lieu insolite et magnifique. À l’ouest, on pouvait apercevoir Teinsburry qui venait juste de s’éveiller. Devant la ville se trouvait une énorme rivière dont je ne me rappelais plus le nom, et encore avant se trouvait le village de Stempton, tout en bas des grandes montagnes vertes du Massachusetts. Petersburgh était en contrebas du mont sur lequel nous étions, et tout en bas du village gisait le lac sinistre qui était vraiment d’une taille cyclopéenne et presque effrayante.
Le pic d’Amy et ses neiges éternelles me rappelait vaguement les descriptions de Celestis, la cité d’argent, d’or et de marbre des dimensions extérieures, décrites dans les ouvrages interdits, certains étant la propriété de l’université de Teinsburry. On avait conté cette cité dans de nombreux volumes que je lisais de temps à autres, Al Quazid Aüm d’un célèbre poète arabe des années 700, ou encore le mystérieux ouvrage Oblivione de la sorcière des Carpates, Elizabeth Wingates, côtoyant les descriptions des rêves farfelus de la folle à propos d’une cité enfouie dans les déserts de Turquie ou encore des dimensions parallèles où vivent des créatures fongoïdes venant de sinistres planètes.
Jedediah me tira de ma douce rêverie en m’indiquant l’emplacement de la fameuse grotte. C’est avec un engouement non dissimulé que je m’approchais lentement de la sombre entrée caverneuse qui, j’imaginais, donnait sur des étendues abyssales de roche sauvage, de sources d’eau et de veines de lave. Quel fut mon étonnement, mêlé à une certaine appréhension que partageait mon acolyte, lorsque je vis des symboles hiéroglyphiques orner la structure naturelle de la grotte. Ce qui était le plus étrange et qui me laissait dubitatif, c’était l’ancienneté de ces gravures d’une précision remarquable ; elles semblaient avoir été faites il y a peu.
D’innombrables traces de pas terrifiantes jonchaient le sol gris, et si nous tendions l’oreille, outre le fait qu’aucun animal n’émettait de son ici, on pouvait percevoir une sorte de vibration, ou un bourdonnement incessant et faible venant de l’intérieur de la grotte funèbre. Soudain, je repensais à la sombre voix que j’entendis quand les deux morts chuchotèrent dans les ténèbres, il y a quelques jours, et la vibration mécanique qui provenait des abysses intérieures ressemblait à s’y méprendre avec le son bourdonnant qui caractérisait les murmures de la troisième personne. Pire encore, je me souvins à ce moment où j’avais vu cet étrange symbole qui me laissait pensif et je trouvais si étrangement familier.
En effet, c’est avec une certaine peur que je sortis de mon sac une des notes bizarres que Johan Parker, rôdant désormais quelque part dans les sinistres collines automnales, avait écrit il y a de ça dix-sept ans, presque jour pour jour, et que le Dr Hicks et le Dr Nance m’avaient confié. Il s’agissait d’un tout petit texte assez étrange, différant avec tous les autres. En voici la teneur :
Ait rêvé de la sinueuse bibliothèque d’Arhmyst ;
Ait évoqué deux fois le rêve éveillé de Nys et de Ses serviteurs,
Ait évoqué une fois Ytghr’Yug-Yith La Grande, Soth m’interdisant l’accès —
Ait tracé le signe de Nys à l’arrière de cette feuille misérable.
Ünd-ayt Tsoghu’goh Soth samek Nys.
Lorsque je retournai la feuille, je constatais que la glyphe située derrière le petit morceau de papier sur lequel le fou écrivit ces paroles blasphématoires et insensées était exactement la même que celle gravée sur le rocher bordant le lac en contrebas, glyphe qu’on retrouvait au centre de l’ornement de l’entrée de la caverne des monstres affreux ; il s’agissait du signe de Nys. Une insidieuse crainte nous envahissait peu à peu à cet instant, alors que le bruit obsédant continuait de résonner dans la sombre caverne à seulement quelques mètres de nous. L’entrée de la grotte mesurait environ un mètre cinquante de haut pour trois de large, nous devions donc nous accroupir légèrement pour passer sans encombre.
Alors que nous décidâmes de nous approcher de la sombre entrée de la grotte, un vent froid souffla sur nos corps secoués par une appréhension que nous sentions perceptible ; lorsque Jedediah Wade posa la main sur l’obscure surface grise de roches anciennes et nobles, une sorte de bruit terrifiant retentit derrière nous. Je n’eus que le temps de me retourner pour voir un spectacle affreux qui me laissa sans voix. Une nuée rouge dansait autour de nous, formant un brouillard néfaste et opaque. Je pouvais entendre Jedediah crier mon nom au milieu de ce bruit de cauchemar. C’étaient des bruissements d’ailes membraneuses à n’en pas douter, mêlés à des grognements terrifiants et des pas lourds et assurés.
Je restais couché sur le sol en me bouchant les oreilles, tout en regardant l’inconcevable danse de ces êtres que je devinais d’une monstruosité invisible, mais malgré ma fine vue, je ne voyais rien, à part cette brume rougeâtre m’arrachant des petits cris étouffés. C’est alors que je vis cette bête, cette horreur sans visage. C’était véritablement une créature gigantesque, et, voyant sa tête vide et ses dents curieusement longues, je me mis à hurler de toutes mes forces. Soudain, cette danse macabre prit fin et tout redevint silencieux. Jedediah Wade avait disparu, tout comme mon sac, mon fusil et mon chapeau que j’avais sans doute perdu au cours de l’échauffourée monstrueuse.
3
J’eus seulement le temps de m’écarter du sommet de la colline que je perdis aussitôt connaissance. Je fus réveillé par Trent Cowl et deux agents de police, dans la cabane de ce premier, à Stempton. L’homme posé mais visiblement très agité m’expliqua qu’ils m’avaient trouvé accroché à une branche d’un chêne situé en contrebas de la colline maudite, et que c’était un véritable miracle que je sois encore en vie. J’étais resté inconscient pendant plus de trois jours. Les deux agents de police me questionnèrent sur la marche que nous avions faite avec Jedediah Wade et surtout sur la disparition inexpliquée de ce dernier.
Je me risquais à leur dire la vérité, car je pensais à cet instant que j’étais devenu fou. J’avais vraisemblablement vu la chose terrible et sans visage que Johan Parker et Timothy Ray avaient eux-même vus ce soir d’avril. Finalement, j’expliquais rapidement aux deux policiers que Jedediah et moi-même avions fait une chute et qu’il était vraisemblablement mort. Je voyais à leurs regards ironiques qu’ils ne me croyaient pas un seul instant. Cependant, ils arrêtèrent avec leurs questions, car ils me prenaient probablement pour un aliéné.
Trent Cowl quant à lui restait pensif. De tous les habitants de Stempton, c’était celui qui avait le plus d’intelligence et qui était le mieux renseigné sur cette affaire. Dans un courant de désespoir, j’adressais tout de suite des lettres à mes correspondants et adversaires à Teinsburry, leur disant de formellement arrêter tout débat, toute investigation dans les environs de Stempton et Petersburgh, qu’il se passait quelque chose de trop dangereux pour s’y risquer pour l’instant. J’espérais avec ces épîtres que mes farouches adversaires arrêtent tout de suite leurs enquêtes sur ces terres maudites.
Et dire qu’au début je les méprisais. Je vois aujourd’hui que j’avais tort, et ce depuis le début. Cependant, cette affaire n’était pas terminée, et j’étais bien décidé à partir à la recherche du disparu Jedediah Wade, quitte à y laisser ma vie. J’étais toujours allongé sur le lit de métal de Cowl, en train d’écrire des missives sur la table de chevet de la chambre de ce dernier, lorsque je vis un papier que je n’avais jamais remarqué. C’est avec angoisse que je lisais les sombres lignes écrites sur ce bout de papier humide et couvert de résine qu’on aurait retrouvé sur moi. Le plus affreux dans tout ceci, c’est que c’était mon écriture ! En voici une copie :
Suis-je désormais devenu un adepte de Nys Le Grand et de Ses serviteurs aux flûtes d’os, flottant dans l’éther et le vide spatial ? J’ai vu il y a seulement quelques minutes l’intrus disparaître dans l’abîme, après que les Grands Défenseurs venus de Tsoghu’goh, l’étoile de Sa constellation, ne l’aient désarmé. En touchant le Signe de Nys, il provoqua la colère du Grand Ancien, qui le bannit dans les anciennes cités d’onyx, de métal et d’os bordant les frontières spatiales jusqu’à la Source, les royaumes de Soth et les cités astéroïdales de Celestis, jusqu’aux contrées de cendres des Shalraths, les corridors sombres pavés de livres de Claustrophobopolis, la cité onirique, jusqu’aux abords des académies flottantes d’Arhmyst pour finir dans l’Antichambre.
C’est avec dévotion que Ses rêves s’entremêlent avec les miens dans une symphonie de pipeaux célestes jouant Sa mélopée dans le vide et l’éther, et Nys Le Grand renaîtra dans Sa cité de pierre, d’algues et d’étoiles au milieu de ces eaux tumultueuses l’ayant jadis engloutie. Ainsi, Il s’extirpera des Halls Hantés et parviendra à rejoindre Sa constellation, Tsoghu’goh, nation des Ghasts, et terre des immenses tours de basalte érigées à Sa gloire. Nys Tsoghu’goh Der’mä Yogge-ünd Neharaha.
C’est avec un long soupir que je tendis le papier à Trent Cowl qui parût bouleversé quand il le lût. Il en conclut que j’étais tout simplement atteint du même mal que Parker et Ray, après avoir vu cette créature sans nom. J’avais l’intime sentiment que la terrifiante créature connue sous le nom de Nys reposait quelque part ici, dans ces collines hantées. Probablement sous le lac, car c’était la seule surface d’eau assez importante pour avoir englouti une cité aux dimensions cyclopéennes, d’après les comptes rendus de Parker lorsqu’il fut encore en vie et enfermé à l’asile psychiatrique de Providence.
J’expédiais aussitôt le papier au Dr Nance et au Dr Hicks, en précisant dans le courrier que seuls ces deux hommes pouvaient consulter le document impie et blasphématoire que j’avais écrit alors que j’étais inconscient, lors de cette danse rougeâtre sur le sommet de la sinistre colline de cendres. Je revoyais cette scène mille fois dans ma tête, hantant chacune de mes pensées. C’est alors que je décidais de partir à nouveau pour la colline et son affreux sommet, pour y découvrir le mal qui rongeait ces contrées autrefois fort paisibles.
Trent Cowl était effrayé par ces collines et refusât de m’y emmener. Je ne pouvais pas lui en vouloir, car je ne voulais pas non plus faire courir de risques à quiconque. Trent Cowl, cependant, irait dire aux policiers que j’avais disparu dans la nuit, en emportant avec moi toutes mes affaires. Je remerciais l’homme qui m’aida maintes fois et me mis en route pour le village de Petersburgh. Il ne me fallût qu’une demi journée pour atteindre le village à demi endormi, éclairé par un coucher de soleil immatériel et d’une splendide beauté.
Fort heureusement, le village de Petersburgh était un peu plus grand que Stempton et accueillait de temps à autres des randonneurs ou des curieux, animés par une soif de connaissances sur le folklore local. On disait parfois que des mages échappés de la chasse aux sorcières à Salem eurent trouvé refuge dans ces montagnes paisibles où nul n’irait les chercher. Peut-être que ces racontars du folklore avaient un lien avec ces halls hantés et toutes les créatures inhumaines, inconcevables et à l’atroce aspect, rôdant la nuit.
Une auberge se trouvait sur une petite butte en amont du village, à seulement quelques kilomètres du sommet de la colline hantée. Du seuil, on pouvait apercevoir Teinsburry et ses mille cheminées, le gros bâtiment de briques rouges qui était l’université contenant des ouvrages en rapport avec cette dangereuse affaire. Et bien sûr, l’immanquable lac, d’une étendue colossale de plusieurs miles. On raconte qu’on peut parfois apercevoir d’étranges structures à la géométrie bizarre émerger des flots calmes, mais ce ne sont que des légendes.
J’avais trouvé une chambre à un prix raisonnable, près du sommet de la colline et de son aspect carbonisé. La tenancière de l’auberge me raconta qu’autrefois d’immenses bosquets recouvraient le sommet du mont, et que, depuis quelques années, les arbres ont disparu, laissant place à d’horribles rochers couleur cendre et surtout à des vibrations étranges venant du sous-sol. Malheureusement, la femme ne pouvait pas me donner de précisions quant à l’année, mais j’étais pratiquement sûr que ces cendres apparurent en 1901, juste après la vision d’horreur de Parker et de Ray.
J’avais du mal à trouver le sommeil cette nuit, sentant que quelque chose rôdait au dehors, parmi ces arbres secoués par un vent violent répercutant un écho monstrueux. Ce n’est qu’au bout d’une heure que je pus trouver le sommeil. Mes rêves furent d’une étrangeté morbide cette nuit là, et malgré moi, je les avais notés sur un bout de papier. J’avais soudainement quitté le monde de la réalité pour me retrouver dans d’énigmatiques couloirs d’étoiles scintillantes, de constellations inconnues et de nébuleuses grandioses. Je flottais dans l’éther, sans ressentir le moindre mal.
Au bout d’une éternité, mes pieds nus touchèrent une surface froide, alors que j’étais toujours en habit de nuit. Il faisait sombre tout autour, je ne voyais que la lune se reflétant sur une surface liquide coulant doucement et sans bruit. Je me levais, et c’est alors que je m’aperçus que je me trouvais sur un immense belvédère au dessus d’une cité d’une affreuse beauté, s’élevant bien au dessus des nuages bleutés de la nuit claire. Tout autour de moi marchaient des créatures qui semblaient ne pas me voir. Les plus étranges d’entre elles étaient des créatures à l’aspect conique pourvues d’innombrables tentacules verdâtres. Elles n’avaient pas d’yeux et se déplaçaient en tâtant les objets avec une excroissance visqueuse semblable à une langue.
D’autres créatures à l’aspect plus conventionnel se dandinaient tranquillement sur leurs trois énormes pattes blanches, pourvues de griffes colossales et jaunies. Leurs torses étaient semblable aux nôtres mais leur tête légèrement allongée n’avait elle non plus pas de visage. Seule une mâchoire gigantesque et deux énormes défenses caractérisaient leurs visages. Leur peau semblait rognée et des os étaient clairement visibles, notamment dans le dos où d’immenses os formaient une colonne vertébrale d’une puissance et d’une résistance inconcevable.
Le décor idyllique et d'une beauté presque réelle se dessinait peu à peu devant moi. La merveilleuse cité de pierres blanches et grises comportait un nombre incalculable de terrasses magnifiques aux balustrades majestueuses, où de petits arbres verts aux troncs à l'aspect singulier décoraient les rambardes. D'immenses maisons aux dômes d'argent, de cristal ou d'or parsemaient l'horizon onirique dans cette nuit bleutée et étrangement claire. Je regardais ce ballet surnaturel avec une certaine curiosité, mais je ressentais aussi une crainte qui grandissait peu à peu.
Au dessus de la cité volaient des créatures ailées semblables à des chauve souris, poussant des cris stridents d’une rare beauté. Je ne savais pas dans quel endroit j’étais, enfin, je ne savais pas de quel endroit je rêvais, mais j’étais convaincu que cette cité cyclopéenne de pierre blanchâtre, d’onyx, de marbre et d’argent éclairée par non pas une, mais deux lunes, faisait parti intégrante de cette affaire. En regardant de plus près ce défilé de créatures à l'aspect grotesque, contrastant avec ce décor éthéré dépassant la raison, je vis deux visages extrêmement familiers dans la foule de bêtes de foire ; Johan Parker et Tim Ray en personne !
Je me réveillai en sursaut, couvert de sueur et tenant un crayon dans la main. Un bout de papier gisait au sol, où il était écrit ; Ait rêvé de Celestis, ait vu Ses serviteurs venant de la Terre. Je m’épongeais longuement le front, puis, sans bruit, m’aventurais dans la pénombre de l’aube pour rejoindre la sombre caverne, hantant mes rêves et me rendant peu à peu fou. J’escaladais comme un dément les parois escarpées de la colline et je fus finalement arrivé au sommet en seulement une heure.
La grotte était toujours là, menaçante et noire. Je savais qu’il y avait la clef ouvrant la porte de la délivrance à l’intérieur des mille cavernes que j’imaginais, et c’est alors que mon inconscient me força a sortir ma lampe électrique et à pénétrer dans cet antre de ténèbres et de bourdonnements monstrueux secouant la terre. L’obscurité et l’humidité froide emplissaient mes poumons et ma vue à mesure que j’avançais accroupi dans l’unique boyau, descendant inexorablement vers la source du bruit, ainsi que vers le terrier de ces abominations sans nom qui hantent les collines.
La descente était interminable, je me sentais prisonnier des boyaux de roches, de stalactites et de champignons grotesques qui jalonnaient les étroits passages que j’arpentais avec une angoisse calculée. Les vibrations mécaniques secouaient les grottes exiguës que je traversais, la peur au ventre, accompagné de ma lampe électrique qui éclairait les obscures parois humides. Au bout d’une infinie traversée de ces cavernes affreusement sombres, je fus finalement arrivé dans une énorme grotte aux voûtes d’une étrangeté extravagante. En effet, les rochers saillants parsemant l'énorme fosse avaient une forme artificielle, synthétique, voire totalement farfelue.
Je marchais dans mon propre étonnement ; jamais je n’avais vu si bizarre spectacle ; les sources des tumultueux et fougueux cours d’eau se rejoignaient en ce lieu de cauchemar dans un tourbillon chaotique d’eau, de cascades et d’écume froide. D’immenses stalactites de pierre glacée laissaient tomber de gigantesques gouttes d’eau le long de leur structure distante, disproportionnée et impressionnante. D’énormes racines de pins, de frênes, de chênes et de hêtres fissuraient l’énorme et caverneuse étendue dans laquelle je marchais, au milieu de petits bassins d’eau, rythmés par des bruissement d’ailes de chauve souris, semblables à ceux de la nuée dansante qui hantait le sommet de la colline lorsque disparût Jedediah Wade.
La pierre grisâtre de l’énorme grotte me rappelait le sombre sommet de la colline hantée ; on aurait dit qu’un incendie terrible avait ravagé ces grottes, mais l’aspect mousseux des parois me faisait penser le contraire. J’éclairais les obscures parois de la caverne cyclopéenne avec la faible lueur de ma lampe électrique, hébété, étonné et me sentant minuscule dans ce dédale de pierre, d’eau et de plantes grimpantes. Soudain, une structure se révéla sous le faisceau de ma lampe, et je ne pus m’empêcher d’étouffer un cri d’effroi, ou tout simplement de surprise. Car j’avais devant moi une structure gargantuesque couverte d’algues verdâtres et jonchée de hiéroglyphes mystiques et bizarres que je trouvais étrangement familiers — car je les avais tout simplement déjà vus dans mes rêves.
La géométrie des titanesques ruines était réellement singulière, et correspondait totalement avec ce que j’avais déjà vu dans mes rêves. Je me souvenais aussi que Parker avait rêvé de cités comme celle-ci, à la géométrie similaire et étrangement extravagante. D’immenses arches latéralement courbes défiant l’imagination jalonnaient les murs d’une hauteur insondable, car même le faisceau électrique de lampe ne pouvait dissiper les ténèbres régnant dans ce lieu de cauchemar.
Une énorme porte arquée se dressait devant moi, menaçante, plongée dans une pénombre insondable. Au dessus de son arc extérieur se trouvait le Signe de Nys. J’avais devant moi une partie de la cité engloutie où Nys est enfermé, commandant Ses serviteurs pour Le libérer, et ainsi Le renvoyer dans Sa demeure, aux frontières de l’univers. Si mes calculs étaient exacts, je devais me trouver au niveau du lac ou en dessous, car il était improbable et même inconcevable qu’une cité d’une taille aussi colossale, aussi impressionnante et gigantesque puisse se trouver à l’intérieur d’une colline aussi maigre.
Je risquais à m’aventurer dans le sombre passage arqué qui m’arrachait des frissons. Le grondement infernal et métallique semblait plus puissant ici, créant de véritables tremblements de terre en continu. L’obscurité malsaine continuait de hanter ces lieux insalubres d’une noirceur incroyable. J’avançais lentement dans ce labyrinthe de dalles couvertes d’algues et de plantes innommables tant elles me répugnaient. Au bout d’un moment que je crus interminable, j’arrivais dans le lieu le plus singulier de cette étrange cité souterraine.
La salle dans laquelle je me trouvais était couverte de hiéroglyphes en bas-relief, au lieu d’être gravés dans les murs, ils ressortaient de ceux-ci, créant un contraste terrifiant avec le reste de la cité. De plus, la lueur blafarde de ma lampe n’arrivait pas à éclairer le fond de cette pièce à la longueur infinie. Le plafond était constitué de voûtes titanesques soutenues par des piliers cyclopéens à l’architecture d’une complexité à toute épreuve. Jamais je n’avais vu un lieu aussi énigmatique. Des statues d’une bizarrerie inconcevable étaient disposées de part et d’autre de l’immense pièce, représentant des créatures grotesquement hideuses.
Ces lieux étaient les fameux halls hantés dont parlait Parker — à n’en pas douter —, cet endroit funèbre où la créature connue sous le nom de Nys était enfermée. Je marchais à présent dans le noir pour ménager la faible pile de ma lampe électrique qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Le grondement se faisait de plus en plus insistant ici, et au bout d’une éternité passée à me déplacer à tâtons dans l’immensité obscure et étrangement chaude, je me trouvais désormais dans une immense salle à l’aspect insolite ; elle était constituée de métal.
Des orbes oranges flottaient dans l’obscurité moite de la pièce dans laquelle je me trouvais, à l’architecture torturée et au métal convulsé. Je me sentais minuscule dans cet amas de fer, de bronze, de pierre et de feu, car de la lave rouge coulait le long de parois de roches humides et se terminait en un véritable torrent de magma rougeoyant. D’étranges étuis trônaient sur des étagères de métal couvertes de toiles d’araignées, ainsi que d’énormes livres aux couvertures rapiécées et mangées par le temps. Des torches murales couvertes de symboles primitifs étaient allumées, preuve que quelqu’un ; ou quelque chose, rôdait dans cet endroit de cauchemar souterrain.
J’étais arrivé à la source des bourdonnements incessants, car lorsque je me déplaçais, je pouvais sentir que l’origine du bruit et des vibrations changeait de position. En fait, le bruit semblait provenir de sous une immense dalle hexagonale sur laquelle je marchais. Elle mesurait bien deux-cents mètres de large sur quatre-cents cinquante de long. J’imaginais à cet instant que la chose qu’elle devait contenir était d’une taille titanesque, encore plus énorme que les plus gros animaux de cette planète.
La sensation d’être observé atteignait son paroxysme dans ce lieu lugubre. J’étais presque certain que je me trouvais sous le lac, car de fines gouttes d’eau froide tombaient un peu partout dans l’immense salle. Après avoir fait le tour de la pièce, dont les autres portes aux dimensions cyclopéennes étaient elles aussi condamnées, je me sentais pris au piège. Une odeur puissante émanait d’une sorte de coupe d’argent située sur une table, au milieu de parchemins millénaires et d’étranges ustensiles de chimie, d’alchimie ou de quelconque forme de science matérielle, faits dans un matériau semblable au verre mais beaucoup plus léger. De plus, il était malléable à volonté.
Mon ineffable curiosité me poussa à m’approcher de cette coupe et à regarder à l’intérieur. Seulement, lorsque je me penchais pour regarder son contenu, je m’évanouis aussitôt. J’ouvrais péniblement les yeux, et je me retrouvais dans un lieu encore plus étrange que Celestis dont j’avais rêvé la nuit dernière. J'étais cette fois ci sur une sorte de montagne de pierre noire parsemée de murs de briques sombres et grossières, taillées dans une roche à l’aspect volcanique.
Ce qui me frappa tout de suite fut ces trois énormes tours, d’une hauteur incalculable, profondément enracinées dans le ciel. De la cendre flottait dans l’air, et le tout sentait le soufre. En contrebas de la montagne acérée, ressemblant fortement à celle qui renferme cette grotte infâme et cette cité gargantuesque, se trouvait une mer sombre à la surface lisse. En s’approchant du bord des sentiers escarpés, on pouvait apercevoir des formes organiques flotter tranquillement sur cette étendue d’eau noire. Je fus saisi d’effroi lorsque je me rendis compte qu’il s’agissait d’innombrables cadavres, que ce soit des cadavres d’humains ou des cadavres de créatures toutes plus affreuses les unes que les autres.
Je courus comme un dément le long des chemins de terre et de pierre, en proie à une peur indescriptible lorsque je vis ce que contenait cette mer. Car je me trouvais vraisemblablement dans un domaine que Parker avait entrevu dans un de ses rêves déments, cet océan de chair flétrie et ces algues purulentes qui grouillaient le long des rochers dentés bordant cet énorme caillou de pierre noirâtre et de cendres. Je fus finalement arrivé au sommet de cette île obscure assez rapidement, à mon très grand étonnement.
Devant moi trônait une structure à l’architecture d’une bizarrerie irréelle ; car n’importe qui voyant ces tours innommables de basalte dirait que ses formes dépassaient l’imagination. Pourtant, tout ceci paraissait extrêmement réel, si bien que c’en devint troublant. Chacun de mes rêves étranges représentait un lieu existant réellement, au delà du continuum espace-temps d’Einstein et des courbures éthérées formées d’étoiles scintillantes et de nébuleuses bleutées à la chaleur incroyable.
Les gigantesques tours qui m’obstruaient la vue s’élançaient vertigineusement dans le ciel, disparaissant dans les nuages grisâtres aux teintes vertes foncées. Les couleurs irréelles emplissaient ce lieu impie de leur noire magie, car pour moi ces structures épouvantablement impressionnantes ne pouvaient tenir sans qu’un support d’origine occulte ne vienne les aider. Peut-être que les pesanteurs de cette planète d’une bizarrerie cosmique furent-elles différentes de celles de la Terre telle que nous la connaissions. Ces structures de basalte à l’architecture complexe et inconcevables et sans fenêtres se trouvaient-elles seulement sur une planète ? C’est en faisant voguer mon esprit au gré de ces questions que je me réveillais, après avoir posé mon regard sur le Signe de Nys, dessiné au dessus de la plus grande arche de la plus haute des répugnantes tours.
4
C'est ainsi que débute la dernière partie de mon étrange récit, celui d'un homme qui alla chercher trop loin dans les mythes des montagnes antiques du Massachusetts, celui d'un ignorant qui accéda au savoir suprême et à la conscience supérieure. Ainsi, je me réveillais péniblement au milieu de la pièce où j'eus inhalé le gaz violacé à la forte odeur, dans cette crypte de métal, de lave et d'eau tombant furieusement sur le sol. Celui-ci grondait avec une force terrifiante, tellement que je croyais que toute la structure dans laquelle je me trouvais, engourdie et froide, allait s'effondrer dans les secondes qui suivirent mon réveil.
Mais, alors que je me levais pour aller chercher ma lampe électrique et sortir de ce labyrinthe enfoui, une voix résonnante et caverneuse retentit dans l'énorme pièce. En fait, la voix provenait de sous la gigantesque dalle hexagonale aux motifs hiéroglyphiques primitifs. De plus, je pouvais sentir le bourdonnement qui caractérisait la voix du troisième personnage qui chuchotait avec les deux chasseurs revenus à la vie par je ne sais quel miracle. À vrai dire, à cet instant, je pensais que la voix dans la maison fut celle qui me parlait actuellement.
« George Wentworth Donovan, tu as mis le pied sur Mon éternelle tombe, garantissant ainsi Ma liberté. Pendant que tu rêvais de la dimension extérieure connue sous le nom d'Arhmyst, tu as écrit le psaume des Anciens servant à Me réveiller, sur un morceau de parchemin du vieux livre d'incantations venu tout droit de Tsoghu'goh, Ma demeure stellaire. Johan Parker et Timothy Howard Ray sont morts, mais ton esprit l'avait deviné. Cependant, ces deux humains M'ont été d'un secours inestimable ; sans eux, jamais Je n'aurais pu t'attirer jusqu'à Moi.
« Oui, George Wentworth Donovan, c'est Moi qui t'ait attiré ici, tout comme Jedediah Marius Wade avant toi. Ce dernier repose désormais dans un des petits étuis de métal qui demeurent sur cette étagère sage. Si je t'ai amené ici, c'est parce que tu semblais être le seul sur cette planète, que Je revendique, à avoir l'intelligence nécessaire. Jedediah Marius Wade était lui aussi doté d'une intelligence remarquable, mais toi seul pouvait Me sauver.
« De nombreux aspects de Ma visite et de Mon emprisonnement sur cette planète restent flous, mais si tu veux en savoir plus, Mes servants seront contraints de t'emmener avec Moi dans ma demeure, Tsoghu'goh. Sache néanmoins que l'homme connu sous le nom de Jedediah Marius Wade ne souffre pas où il est, il est en ce moment même en train de converser avec d'éminents esprits venus de diverses dimensions éthérées de l'espace, de régions formées de nébuleuses et d'étoiles peuplées d'êtres remarquables.
« Les Shalraths d'Ebon, les Ghasts de Ma demeure Tsoghu'goh, Mes nobles servants aux flûtes d'os Me chantant des berceuses au centre de l'Univers sont toutes reliées, et toi aussi, tu as le privilège de pouvoir Nous rejoindre. Ainsi, tu pourras voyager au gré des courbures oniriques jusqu'à Celestis, parcourir les vastes étendues d'eau des cités d'or de Fli'nath, ou encore voyager à l'aveuglette dans les régions spatiales jusqu'aux Étranges Éternités.
« Nys n'est pas une entité malfaisante, Je ne te demande rien si ce n'est de taire ces évènements. Cependant, s'il s'avérait que tu communiques à un quelconque esprit de cette planète les détails de cette affaire que ton esprit trouve folle, Je n'aurais aucune pitié à envoyer Mes Grands Défenseurs pour te pourchasser, comme Je l'ai déjà fait auparavant. Timothy Howard Ray et Johan Parker n'avaient pas un esprit réellement développé, donc utiliser la force ne fut pas nécessaire. Au lieu de ça, J'ai préféré faire d'eux Mes espions sur cette planète. Cependant, Mes Servants ont déjà assassiné des proches de Jedediah Marius Wade qui auraient pu nuire à Mon réveil.
« Car la Terre joue un grand rôle dans cet Univers, George Wentworth Donovan. L'astre que vous appelez « Soleil » est un catalyseur d'énergie antique permettant aux esprits de votre système de voyager au gré des portes au fluide étoilé, que tu as sûrement déjà aperçues dans tes rêves. Seulement, cette étoile se trouve être en grand péril, car depuis des millions d'années, ton espèce manipulable à souhait, comme Je viens juste de le démontrer avec ton exemple, détruit absolument tout dans ce secteur autrefois paisible.
« Oui, George Wentworth Donovan, cette cité de pierre primitive désormais éteinte, aux dimensions gigantesques pour un homme, a été détruite après que votre civilisation n'apparaisse, échappant au contrôle des entités supérieures régnant sur les régions de l'Univers. C'est pour cela que dans les rêves des hommes, peu d'humains sont présents dans les cités. Cependant, certains esprits sont tellement impressionnants qu'ils réussissent à passer au travers du fluide étoilé, et c'est ce que Je te propose, Moi, Nys.
« Si tu acceptes, ta sécurité sera garantie par Mes serviteurs invincibles, de sorte que tu puisses voyager indéfiniment dans ces abîmes spatiales dont Je suis le maître absolu. Prends garde, néanmoins, nul ne sait ce que ces cités oniriques renferment. »
Soudain, mes pieds quittèrent le sol, et un courant invisible m'entraîna vers une des gigantesques portes scellées. Les titanesques portes s'ouvrirent lentement dans un fracas inouï, faisant trembler toute la gigantesque pièce où était enfermé le monstre qui me parla quelques secondes auparavant, gisant sous cette dalle hexagonale d'une étrangeté qui me laissait sans voix. Car je ne pouvais même plus parler. Je croyais depuis quelques minutes que j'étais devenu complètement fou, et je tentais de me convaincre moi-même du contraire, bien que je fus — je pensais — sur un chemin de non retour dans la folie.
D'étranges paroles psalmodiées par la voix caverneuse de l'entité monstrueuse reposant dans sa crypte hantée s'élevèrent soudainement dans la pièce. Je reconnaissais les paroles que prononçait cette voix rauque, car je les avais déjà entendues lorsque j'avais épié la discussion nocturne dans la maison de Tim Ray. Elles furent très nettes à cet instant, aussi loin que je me souvienne. En fait, c'étaient les paroles bizarres que la voix bourdonnante prononça juste avant que les trois personnages murmurant dans le noir ne disparaissent comme par enchantement.
Un immense portail arqué gisait au fond du couloir infini, émettant un son magnifique. Au milieu de sa structure complexe et étonnamment belle, un liquide semblable à de l'eau effectuait de petits remous paisibles, sauf que ce liquide, défiant toutes les lois de la physique à la fois était vertical. Le courant infernal et invisible m'attirait toujours vers la surface noire et blanche. Je n'étais plus qu'à trois pieds du fluide étoilé. Tout à coup, ma tête toucha brusquement le liquide froid, et tout devint noir.
Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvais devant le lac des montagnes, plongé dans la pénombre nocturne. Je ne pouvais pas bouger, mais constatai assez rapidement que je flottais en l'air. Lorsque je voulais regarder mes membres, je ne les voyais pas, alors qu'à cet instant mon cerveau voyait lui mes mains devant ma tête. C'était réellement inconcevable pour un esprit humain, mais c'est la vérité. Il m'était absolument impossible de faire le moindre mouvement.
Devant moi s'étendait, comme je l'ai dit, le lac sans nom à la surface noire secouée de petites ondes à peine perceptibles, alors que la surface est bizarrement uniforme et lisse d'habitude. Petersburgh était toujours sur la colline, et Stempton était à seulement deux miles de là où je me trouvais. Je tentais de hurler pour qu'on vienne me venir en aide, mais aucun son ne sortait de ma bouche. J'essayais de me débattre de cette emprise maléfique, mais c'était inutile. Je sentais l'étreinte diabolique d'un démon serrer chacun de mes membres dans une douloureuse torture.
Soudain, un tremblement de terre d'une magnitude impressionnante secoua les montagnes dans un bruit de cauchemar, réveillant tous les villageois dormant à cette heure avancée de la nuit. Brusquement, une explosion formidable retentit dans le calme de la nuit, secouant la surface obscure du lac de vagues produisant une écume étrange. C'est alors que je vis l'horreur dans les yeux — la nuée rouge que j'avais vue au sommet de la colline et à l'entrée de la grotte — s'élevait doucement dans le ciel ombragé parsemé d'étoiles brillantes de mille feux, au dessus du lac défiguré par la puissance du choc sismique.
Nys, la nuée ardente, d'une taille colossale de plusieurs miles à vue de nez, montait lentement dans le ciel au dessus de sa cité engloutie. Comment pourrais-je décrire cet amas bulleux de nuages rougeâtres d'une chaleur incroyable, d'où s'élevaient des airs de pipeaux célestes reflétant son rang ? Je crois que cette créature aux mille mâchoires claquantes dans l'obscurité folle de cette nuit d'octobre fut tout simplement indescriptible. Cette infection puante continuait de monter dans les airs, emportant autour d'elle des millions de petits morceaux de cendres jonchant le sommet de la colline hantée, illuminés par une phosphorescence verdâtre visible à des miles à la ronde.
Les morceaux verts venant de la colline continuaient de tournoyer avec une célérité folle autour de la masse informe flottant dans les airs, puis, tout-à-coup, les particules s'abattirent sur le paisible village de Stempton dans un fracas apocalyptique, au milieu des cris d'effroi des habitants audibles jusqu'ici. Tout se passa avec une rapidité monstrueuse, je hurlais de colère plus que de peur, car même si je haïssais ces villageois, ils ne méritaient aucunement ce sort, surtout le brave Trent Cowl. Au bout d'une éternité, Nys disparût avec ses cendres vertes dans un tumulte digne de la fin du monde, et le silence retomba soudainement sur les montagnes verdoyantes et calmes du Massachusetts.
Nul ne sait où Nys partit, probablement dans sa demeure stellaire de Tsoghu'goh, non-loin de la Source. Toujours est-il qu'à la place du village de Stempton gisait un immense cratère de quatre miles de diamètre défigurant horriblement et totalement la montagne autrefois paisible. Le signe de Nys luisait au fond, verdâtre, semblable aux cendres énigmatiques recouvrant le sommet de la colline. La pluie commença à tomber sur ce qui était mon corps, étalé devant une petite cabane de pêcheur abandonnée.
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