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« Le grand nettoyage » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Le grand nettoyage », par gregory.dunham - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 05/09/2008 à 10h33 - Mise à jour : le 05/09/2008 à 10h33 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 73 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1559 - Complet : oui - AMR : 16 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 05/09/2008 à 10h33 - Modifié : jamais - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 73 - Mots : 1559

Le grand nettoyage

Résumé : Dans un petit pays européen, de bien inquiétants personnages prennent le pouvoir par la force et plonge la population dans un délire des plus atroces

Le Premier ministre de ce royaume du Nord de l’Europe était un homme d’une cinquantaine  d’années aux cheveux gras et aux incisives trop longues. Son corps ressemblait à celui d’un pantin trop grand pour être convenablement articulé.  De grosses gouttes de sueur froide perlaient son front.  Le canon d’un magnum était posé sur sa tempe.

 

Le calibre était tenu par un homme encagoulé vêtu de noir,  plusieurs dizaines de ces individus avaient investi la maison du dirigeant politique en pleine nuit.  Celui qui quelques années plus tôt avait promis qu’on pouvait créer deux cent mille emplois en un claquement de doigt, ce qui est un foutage de gueule colossal, pardonnez-moi l’expression, était contraint à la démission sous la menace. 

 

Un peu partout dans le pays des élus du peuple signaient au même moment des lettres de démission en claquant des dents et parfois en mouillant leur pyjama d’une urine nauséabonde, remettant leur pouvoir à un homme dont le nom ne leur disait rien et dont il n’avait jamais vu le visage. 

 

Un homme allait donc concentrer tous les pouvoirs du royaume entre ses mains. Pour faire accepter ce fait  à la population des spots à la radio et à la télévision mirent en évidence les dépenses que l’entretien de cette population de population de politiciens imposait au contribuable. 

 

Ces spots insistaient ensuite sur le fait que les décisions étaient plus vite prises si elles étaient le fait d’une personne. Qu’il fallait un chef pour un pays bien géré, en allemand cela pourrait donner : « Ein Volk, Ein Reich, Ein Fuhrer » 

 

Si ses prédécesseurs au pouvoir ne connaissaient pas le nouvel homme fort du pays, il en allait pas de même pour certains services de police.  L’individu en question avait connu l’univers pénitentiaire pendant quelques années pour avoir enfoncé l’acier de la lame d’un couteau de cuisine dans la gorge de son propre fils.

 

Devant la Cour d’assises, ce père de famille tranquille, jusqu’alors, avait déclaré ne pas avoir supporté le fait que la chair de sa chair soit un chômeur. Pour lui, ceux qu’ils traitaient de parasites ne méritaient pas de vivre.  Et sa façon de régler le problème de l’emploi, une fois arrivé au pouvoir, sera quelque peu particuliére.  

 

Il fit quelques jours après sa prise de pouvoir un discours radiophonique et télévisé dans lequel il dit qu’il faudra remettre au travail ceux qui avaient oublié ce que c’était.  Il disait cela alors que quelques mois auparavant l’assemblée patronale du pays avait décidé d’augmenter le temps de travail dans le but évident d’employer moins de gens.

   Depuis que son patron lui avait dit au revoir définitivement, Gilles Werkniet passait ses journées entre les quatre murs de son salon à se vider le cerveau en regardant des jeux télévisés tout en buvant plus que de raison.  

 

Ce soir là alors qu’il titubait vers le frigidaire afin de remplir son gosier d’un liquide alcoolisé.  Quatre hommes en uniformes apparurent, plaquèrent Gilles au mur et lui mirent des menottes.  Le vent bougeait légèrement les rideaux de la fenêtre par laquelle était venu les intrus, la télévision crachait une musique des plus violente, le chat était caché, terrifié, sous le divan, lorsque le chômeur fût emmené.

 

A un kilomètre de là dans un grand hall de gare, ces indésirables furent rassemblés  sous bonne garde.    Une voix agressive tonnait depuis des haut-parleurs situés aux quatre coins de la pièce.  Elle annonçait que le nouveau pouvoir avait décidé de mettre fin au système d’assistanat et que les parasites seraient mis au travail.

 

La foule fût poussée à coup de bâtons vers des wagons à bestiaux où les entassa jusqu’au dernier.  Le train s’ébranla et se dirigea loin de la ville.  Après plusieurs heures de trajet on débarqua les détenus. 

 

Une grande porte en fer se dressait devant eux. Sur le fronton de celle-ci, l’inscription « Le travail rend libre » se trouvait bien en vue.  Tel un troupeau, les supposés glandeurs furent emmenés de l’autre côté. 

 

Les plus observateurs d’entre eux reconnurent dans le camp de travail où on les parquait une plaine autrefois dédié à un festival rock auquel avait assisté toute la jeunesse du continent.  De petits baraquements étaient censés accueillir les quelques heures de sommeil qu’on leur accorderait.

 

Tous les jours les nouveaux travailleurs devaient se lever avant le soleil, réveillés par le doux son d’une corne de brume.  Des gardes armés de fusils mitrailleurs les encadraient  et les emmenaient invariablement à une rangée de sacs à dos remplis de pierre.

 

On hurlait à ces fainéants l’ordre de porter les sacs sur deux cent mètres jusqu’à une sorte de grande étagère de bois posée en plein milieu de la plaine.  A chaque fois qu’un de ces joyeux porteurs trébuchait, une rafale le faisait passer dans l’autre monde.    

 

Arrivés à la grande étagère, ils devaient extraire les pierres de différentes couleurs et de différentes tailles de leurs sacs.  Et les ranger sur l’étagère par ordre de couleur, d’abord les noires puis les jaunes et enfin les rouges.  Dans chaque catégorie de couleur les pierres devaient être classées de la plus petite à la  plus grande. 

 

Durant cette opération, les gardiens étaient chargés de scander les mots « plus vite, plus vite » en insistant sur le son i.  Lorsque le premier avait fini de ranger ses pierres, les détenus devaient se mettre  au garde à vous.  Celui qui n’obtempérait pas était abattu.  Celui qui avait rangé le moins de pierres était abattu.  Celui ou ceux qui s’étaient trompés étaient abattus.

 

L’Etat avait saisi les biens des travailleurs forcés et les avait vendus. Ce n’était que des biens modestes le plus souvent mais c’était de l’argent gagné facilement.  Le nouveau chef du pays n’imaginait donc pas que ces pauvres diables puissent sortir un jour de leur camp. 

 

Pour augmenter les finances de l’Etat et se payer une nouvelle villa, il eut une lumineuse idée.  Pourquoi ne pas recycler les cadavres des fainéants  et les vendre de manières diverses?   On dit que tout est bon dans le cochon en fait c’est pareil dans l’humain.    

 

Une usine d’équarrissage  fût installée aux abords du camp, les cadavres y étaient traînés, dépecés, transformés en hachis, en jambons, en boudins qu’on vendant comme étant de la viande de porc dans toutes les boucheries d’Europe. 

 

Donc, brusquement, à leur grand étonnement, la qualité de l’alimentation des détenus s’améliora mais la plupart ne se doutaient pas que c’était pour qu’ils produisent de la bonne viande. 

 

Le premier camp ne resta pas longtemps isolé et l’on ouvrit d’autres camps un peu partout dans le pays pour accueillir la masse d’oisifs destinés à moyen terme à nourrir les actifs.  Pour les idéologues en place, ce n’était qu’un juste retour des choses.  Après tout le cannibalisme avait été érigé en système de valeur dans des sociétés aujourd’hui disparues et puis l’essentiel c’était de tirer des profits  de toutes ses actions.  

 

Et en effet, du profit il y en avait.  Les consommateurs européens qui ne se doutaient pas que cette nouvelle viande n’était pas du porc, ou plutôt ne voulaient pas le savoir, en raffolaient.   Le chef put  se payer une nouvelle villa ainsi que ses principaux collaborateurs, certaines firmes agroalimentaires faisaient des bénéfices colossaux et tout ce petit  monde était content.

 

Mais cela ne pouvait pas durer.  Beaucoup de personnes commencèrent à se dire  qu’il pourrait être emmené eux aussi.  Le directeur des ressources humaines, homme qui a la sale besogne de virer les gens, fut regardé comme un assassin dans bien des entreprises.

 

Puis un jour cela dérapa.  Les patrons d’une petite usine de jouets décidèrent de délocaliser leurs activités, vers l’Asie du sud-est.  La rumeur grossit de jour en jour au sein de l’entreprise et finalement la violence brute s’exprima.

 

Les ouvriers se dirigèrent en masse vers les bureaux de la direction qui céda sous les coups.  Les dirigeants furent lynchés et leurs têtes plantées au sommet  d’une pique à l’entrée de l’usine.

 

Ces ouvriers se mirent à dresser des barricades dans les rues, ils furent rejoints par d’autres.  D’abord quelques-uns uns puis des  milliers d’individus rejoignent les insurgés qui commencent à marcher vers les lieux du pouvoir.   

 

Le pouvoir donna l’ordre à ces bras droits d’éliminer cette racaille.  Plusieurs fusillades eurent lieux et des milliers d’hommes et de femmes tombèrent dans leur sang sur les pavés froids avant d’être emmenés pour être transformés en steaks hachés.

 

Mais d’autres vinrent toujours plus nombreux et finirent au bout de plusieurs semaines à venir à bout des forces de l’ordre, à s’emparer d’armes à feux et à leur tour ils se frayèrent un chemin de sang et de mitraille.

 

La foule arriva aux abords des camps dont les gardiens furent passés par les armes. Ils libérèrent les détenus.  Ainsi que les anciens politiciens qui furent portés en triomphe vers le parlement. Le chef des hommes en noir partit se réfugier dans un pays montagneux avec l’argent qu’il avait dérobé au pays.  Les lettres de démission furent déclarées nulles par les tribunaux car signé sous la menace d’une mort directe et violente et la vie reprit son cours. 



© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de gregory.dunham

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