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> Chapitre 1 : « Un peu d'air » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 29/08/2008 à 18h36 - Mise à jour : le 04/10/2008 à 18h38 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 868 - Chapitre(s) : 29 - Mots : 17891 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 29/08/2008 à 18h36 - Modifié : le 07/10/2008 à 00h23 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 316 - Mots : 1149 |
A ceux qui sont mon univers,
A ceux qui cherchent encore le leur,
A C-O et S qui m’ont lancé.
« Tout a un sens, même s’il est souvent bien dissimulé.Il ne faut pas le chercher.Il faut vivre. » Marie
La Boucle des Huis-Clans
![]() Couverture réalisée par Evangely, intitulée « La Boucles des Huis-Clans » |
| Résumé : Les ruines d'un vieux moulin, une forêt paisible, une enquête de police, une voiture de collection, une région marquée par le passé... et Vincent. Qui aurait pu se douter que la semaine qui débute à peine bouleverserait autant sa vie ? |
Un peu d'air
Il posa le bouquet sur l’herbe rase et s’assit à même le sol sur le côté, les doigts croisés entre ses genoux. La croix qui portait Son nom était bercée par le vent doux et silencieux de novembre. Le 3 novembre.
Je m’appelle Vincent, j’ai quinze ans.
Il ouvrit sa veste et tira sur le papier qu’il avait rangé avant de partir dans sa poche intérieure. Il déplia la feuille et relut son texte pour lui-même.
Maman est décédée il y a douze ans d’une maladie pulmonaire. J’ai de grandes chances de l’avoir aussi, mais ce n’est pas une inquiétude. Ce qui me manque, ce sont des souvenirs; je ne l’ai pas beaucoup connue. Mais je l’aime.Il glissa son poème sous le bouquet et inspira profondément l’air chargé des odeurs boisées de l’automne. La saison avait amené avec elle son épais manteau bariolé et toute la région s’était fardé de cet habit de cérémonie. Pour ce jour. Pour cette date. Il affectionnait particulièrement l’automne.
« La nature, dans un dernier éclat de couleurs, s’endort lentement. Les plumes de ce carnaval finissent par tomber et le masque avec. Le masque de la beauté, le masque de la vie. Mise à nu, elle s’offre au regard du passant, plus fine, plus effilée, plus fibreuse, plus agressive peut-être, mais si simple, si vraie. Dans un temps presque infini, on aperçoit son squelette de troncs et de branches se soutenant tous dans le froid et la rudesse du temps qui file. On aperçoit l’ossature du monde, la peau fine est levée, le voile de la vie est soulevée par une main sacrée. Bientôt, un autre manteau l’habillera. Avant que le souffle de son cœur se mette à battre dans les terres verdoyantes d’une nouvelle saison. Plus chaude, plus maternelle. »
Je suis en seconde et je ne me suis pas encore renseigné sur ce que je peux faire l'année prochaine. Il y a des métiers qui m'attirent un peu, comme ingénireur, mais mon père me répète souvent que c'est vaste et que je devrais me renseigner... Peut-être pour, oui… J'ai l'impression que c'est encore loin tout ça.Des pas amenèrent une jeune fille devant lui. Il ne la remarqua pas tout de suite.
- Bonjour, Vincent.
Salut.- Tu n’étais pas encore en cours.
C’est Katya. Ma voisine dans presque toutes les matières. Que fait-elle ici ?- Je peux ? demanda-t-elle en s’accroupissant devant lui.
Il répondit d’un simple signe de la tête et patienta.
- Madame Kergolen s’inquiète, tu sais. On est lundi, tu sais qu’on avait un devoir aujourd’hui. Et tu l’as manqué.
Elle observa le bouquet rangé contre la croix en bois. Une bourrasque soudaine souleva ses cheveux, elle resserra ses paupières et se retint à la jambe de l’adolescent. Quand elle ouvrit les yeux, il avait gonflé la poitrine et sensiblement écarté les bras pour mieux prendre le vent de face. Elle sourit en replaçant quelques mèches rebelles.
- Je te passerai le sujet et tu pourras le préparer chez toi, si tu veux.
Merci.Le silence. Le vent contre les oreilles, le long de la pente douce, face à la vallée, plongée dans la pénombre depuis que le soleil s’était glissé derrière le mont de Parme. Rien ne résistait à ce vent qui, parfois tendre parfois vif, couchait amoureusement les herbes, peignant les prés sur son passage.
- C’est toujours très beau ici. Ca faisait longtemps que je n’étais pas venue.
Il sourit.
Ce besoin d’occuper le vide, de combler les silences, de chasser les temps morts. Tout Katya.Ils s’étaient rencontrés l’année précédente. Elle arrivait de l’étranger, elle suivait son père, un de ces peintres célèbres appelés à travailler sur des fresques gigantesques en façade ou en intérieur de monuments historiques. Ses talents lui avaient acquis une clientèle de spécialistes qui faisaient appel à lui pour reconstituer des teintures ou des fresques murales en partie effacées, ternies ou usées par le temps. Des pigmentations d’époque, des mélanges inattendus, des techniques révolues, avait un jour expliqué Katya. Elle apprenait, elle aussi. Mais il la poussait à suivre un enseignement de base, à côté. Son arrivée à l’automne précédent avait marqué Vincent, sans qu’il ne pût jamais le lui avouer. C’est elle qui lui avait tendu discrètement la main, dans le dos d’un professeur, en cours. Je m’appelle Katya. Il avait souri, cherchant comment répondre, puis avait déchiré un coin de sa feuille et lui avait tendu : Je ne parle pas. Tu ME parles pas ?! Non, je NE parle pas… Silence, elle avait lu et relu le mot sans savoir quoi dire. Elle l’avait juste regardé, fixé, dévisagé, et : Alors, Salut ! avait-elle écrit sur son cahier le dressant contre elle à son attention.
- Aujourd’hui, ça fait un an que je suis arrivée, confia-t-elle alors. Papa m’a certifié qu’il en avait encore pour un an ou deux avec la « murale » de l’Eglise de Johnston. Rien n’a vraiment survécu aux pilleurs de ce siècle. Heureusement qu’elle fait désormais partie du patrimoine protégé. Tu ne veux pas venir chez moi ? lança-t-elle soudain.
Pour unique réponse, il fixa la croix. Elle suivit son regard et chercha un instant ses mots, une formulation correcte pour le sujet qu’il avait toujours occulté.
- C’est ta mère ? demanda-t-elle en lisant une seconde fois le prénom et la date. Claire, 3 novembre.
Oui.- Moi, mes parents ont divorcé, annonça-t-elle alors comme si elle le lui confiait pour la première fois. Mais je ne vois plus maman ; elle est partie avec son nouveau mari en Nouvelle-Zélande. Elle me manque, souffla-t-elle en s’appuyant au sol pour se relever. Alors je comprends un peu ce que tu peux ressentir. On… on se voit demain ?
Je ferai mes maths. On verra ça demain. Bonne soirée, Katya.Elle se pencha vers lui et déposa une bise sur sa joue. Il lui sourit et leur regard se croisa, demeurant figé un court instant.
- Ne prends pas froid, ta sœur ne serait pas contente.
Il hocha le menton et elle contourna la haie qui les séparait de la rue pavée, ultime frontière de cette petite ville. Elle se hissa vers les ronces qui bordaient le feuillage et elle le salua une dernière fois. Il ne se retourna pas immédiatement. Il la revit soudain passer par-dessus la clef du champ, en négatif, comme une trace mouvante, sous ses paupières ; il revit sa silhouette se glisser entre les fils barbelés. Son mouvement, comme fixé dans le temps, dans un ton grisé, un ralenti sur l’instant. Il secoua la tête et se massa les yeux du bout des index. Ca le reprenait.
Il ouvrit les yeux sur la vallée en contre-bas et aperçut le toit d’une église ancienne. La vision se brouilla et les images se déformèrent, comme prises sur le fait de leur culpabilité. Prises la main dans le sac. Il les avait vues. L’église se déforma sous ses yeux et la forêt des Hautes-Hains reprit lentement sa place sur la photographie vivace et grisée. Il ferma encore les yeux et pencha la tête en avant pour faire le vide. Pour ne plus y penser.
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