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« Leçon d'apnée. » — L'Encrier
Vous êtes ici => Accueil > Liste des histoires > « Leçon d'apnée. », par Macadam Cowboy - - - - Chapitre unique
L'histoire Ce chapitre
Publié : le 30/08/2008 à 12h47 - Mise à jour : le 30/08/2008 à 12h47 - Commentaire(s) : 3 - Lecture(s) : 143 - Chapitre(s) : 1 - Mots : 1317 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 Publié : le 30/08/2008 à 12h47 - Modifié : le 30/08/2008 à 12h50 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 143 - Mots : 1153

Leçon d'apnée.

Résumé : Pas à pas, être frappé par la mer. Les embruns dans les bronches. Respirer, apprendre à vivre. L'amour, c'est savoir ne plus respirer le plus longtemps possible.

Le meilleur des mondes n'a qu'à bien se tenir.

Car ici tout est calme.

Car ici tout va bien.

T’étais plantée là ; jeans baggy, converses troués et chemise de bûcheron. Le keffieh, et le cuir pour montrer ta différence. Tu avais froid je crois ; mais tu n’en avais rien à faire. Un orchestre se démenait dans tes oreilles, sous tes longs cheveux blonds. Tu tenais ma main et regardais le soleil rouge se perdre à l’horizon. Bientôt l’automne, et le vent fouettant nos visages. Le bruit des vagues, les pleurs : de joie et de froid. Tu serres ma main et ton beau sourire s’étale sur tes lèvres.

(...)

« Je n’ai jamais vu la mer »

Voilà ce que tu m’as dit, il y a deux jours. Les rêves deviennent réalités parfois. Heureusement.

On a couru vite, tu ne trouves pas ? Si je l’ai fait, c’est pour toi. Maintenant, je n’ai plus de souffle et le tiens est coupé par le spectacle. L’amour, c’est vivre en apnée le plus longtemps possible.

(...)

On a pris le train ce matin. Sur le frigo, j’ai laissé un post-it pour mes parents. « Je suis partis au large, je reviens bientôt ». Rien de plus. J’ai pris les clefs de notre maison secondaire, au bord de l’océan, au milieu de rien. Tes parents étaient d’accord, les miens peut-être. Nous sommes arrivés avec des affaires, pour quelques jours. Je t’ai montré ta chambre – celle aux murs bleus – et j’ai pris possession de la mienne, juste en face.

Parfois, je me demande si tu m’aimes. Tu étais si triste lorsque je t’ai vu avant-hier. Il t’a plaqué ce connard il y a de cela presque un an, et j’ai l’impression que tu en souffres encore. Moi, je suis juste là pour recoller les bouts. Ce n’est pourtant pas vain. Je le sais.

Tu tombes amoureuse de la mer dans tes vêtements trop grands, et pour une fois, ce n’est pas douloureux.

Il commence à faire froid. Tu te blottis contre moi. Le début de septembre est toujours frais ici. On rentre et je fais la cuisine pendant que tu prends un bain brûlant. Demain on ira courir après les vagues. On se baignera peut-être ; on oubliera le temps. Même si on ne le souhaite pas vraiment, il faudra que l’on rentre à la fin du mois, car on ne peut pas mettre sa vie en veilleuse.

Tu trouves que je cuisine bien. On rit. J’ai pris mon appareil photo, alors, tu poses. Pour moi, seulement pour moi. Demain, on prendra la vie en photo. Demain, le sel sera sur nos lèvres.

(...)

Nous sommes demain et je suis allé chercher des croissants à la boulangerie du village. J’ai utilisé un vieux vélo rouillé qui traînait dans le garage. Tu as préparé le café. De bon matin, on idéalise avec comme seule barrière avec le réel nos bols de cafés fumants.

Si seulement tu m’aimais… Parfois je me dis que oui, puis, l’instant d’après, ton regard change. Alors, je ne sais pas. On a les pieds dans l’eau glacée : tu grelottes, moi aussi. Je me trouve ridicule dans mon maillot de bain à côté de toi. Je passe mes bras autour de tes épaules.

« Y a pas à réfléchir, faut y aller, on aura froid plus tard »

(...)

J’ai allumé un feu. On s’est réchauffé du mieux que l’on a pu. Tu as griffonné des choses dans ton journal en rentrant. Un sourire immense est dorénavant peint sur ton visage. Cela faisait si longtemps.

Tu me dessines près du feu. Une mèche s’égare de ton chignon lâche. Nous avons tout deux une manière différente d’immortaliser la vie, et c’est en ceci que l’on se comprend.

Dehors, le vent souffle fort.

 

(...)

Aujourd’hui, il pleut. Tu lis dans lovée dans le canapé alors que je regarde les goûtes frapper une à une les carreaux de la pièce à vivre. Les deux vélos que nous avions sortis hier pour aller boire un verre au café du village gisent à terre dans l’allée. La mer au loin se déchaîne – décor de rêve. Nous sommes dos à dos, enfermés dans nos cocons de silence pensant.

(...)

Tu es venue près de moi au bout d’un temps, pour contempler le même spectacle. Tu as posé ta tête sur mes épaules. Le temps coule sans fin tant il est inconsistant. Tu as la peau douce et tes cheveux sentent l’amande. Je réalise que bientôt il faudra rentrer, affronter la ville, ses tourments et ses péchés.

« Tu sais, parfois je me dis que, si tu me proposais, je ne dirais pas non. »

Le cœur qui a des ratés, pétaradant dans mon corps. Les poumons ont arrêtés de fonctionner, il y a de cela un moment. Elle me regarde. A-t-elle vraiment dit ça ? Je crois qu’elle attend une réponse. Oui, ce n’est pas un rêve.

(...)

 

Nous nous sommes embrassés, à la faveur du crépuscule, avec la ferveur d’un brasier en fleur. Sous la coupole stellaire, nos yeux se sont illuminés. Nous avons dormi, blottis l’un contre l’autre et rien de plus. La nuit fut trop courte. Réveil sur Billie Holliday. Nous avons passé la journée près de l’eau et je t’ai immortalisée un nombre incalculable de fois. Tu es belle ; encore plus qu’avant.

(...)

La première semaine passa ainsi. On apprenait à s’aimer. On apprenait à vivre pas à pas, main dans la main ; avant de penser à créer l’amour.

Aujourd’hui, il pleut encore. Et nous sommes devant ce spectacle que nous avons contemplé une poignée de jours avant.

« Pourquoi attendre pour vivre ?

- La peur peut-être ?

- Je n’ai pas peur de fuir trempé sous la pluie moi. J’ai assez attendu ainsi ! Tu viens ? »

Je t’ai suivi et on a valsé dans le tonnerre. Orchestre d’éclairs et pas de brume. Trempés comme des soupes nous sommes entré dans notre nid. J’ai allumé un feu, et quand je me suis tourné vers toi, tu étais là, nue, devant moi. Beauté surnaturelle venue sur terre.

« J’avais froid dans mes vêtements trempés »

Alors tu es là, et le bois craque dans l’âtre. Je vois ton corps qui s’approche, lente danse sensuelle et léger mouvement de hanche hypnotisant. De ton visage à tes seins, de tes hanches à tes jambes, tes pieds, ton sexe, tes fesses tes yeux, ton ventre, tes mains, je t’aime. Ta bouche et la mienne, en écho ; vases communiquant, déversoir d’images et de rêves fugaces.

Tu as enlevé mes vêtements pendant que je caressais ta peau douce. Sur notre lit, nous nous sommes goûtais. Puis, alors que le feu mourrait, nous nous sommes aimé, pleinement.

Au dehors les vagues lacéraient la plage et nos sourires étaient de magnifiques entailles sur nos visages.

« Je n’avais jamais vu l’amour »

 


© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Macadam Cowboy

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