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> Chapitre 3 : « Chapitre 2 : Pour la boulangerie, c’est 1600m de dénivelé » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 07/09/2008 à 22h39 - Mise à jour : le 14/09/2008 à 22h00 - Commentaire(s) : 1 - Lecture(s) : 378 - Chapitre(s) : 7 - Mots : 4955 - Complet : oui - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 07/09/2008 à 22h39 - Modifié : le 14/09/2008 à 21h35 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 65 - Mots : 935 |
Chapitre 2 : Pour la boulangerie, c’est 1600m de dénivelé
[2] De légers nuages léchaient les montagnes alentour. L’air était frais, les pins et sapins embaumaient les environs et le bleu du ciel semblait faux tellement il était intense. L’orage avait lavé correctement le ciel et la terre. La montée semblait se présenter sous de parfaites augures. Le chemin à parcourir se décomposait bien, et rendait l’effort à fournir plus doux. D’abord on allait traverser forêts et alpages bas sur un chemin qui s’élèverait par paliers. De butte en butte, jusqu’à ce que les arbres se fassent moins nombreux, et que finalement ils disparaissent. Alors ce sera le signe que le premier lac, que l’on nomme Lac Egorgéou, allait bientôt faire son apparition. A 2394m d’altitude on aura déjà fait un bout du chemin. Ensuite, herbe grasse et pâturages d’altitude pour mener au second lac, le Lac Foréant, et ses 2618m d’altitude. L’herbe ensuite disparaîtra doucement pour conduire les randonneurs au Col Vieux qui du haut de ses 2806m sera l’ultime point à franchir avant…
Mais pour l’instant les deux randonneurs n’y pensaient finalement pas. Le chemin montait, une pente régulière et importante, qui donna le ton. En s’enfonçant un peu plus dans la première forêt ils sentirent bientôt glisser sur eux le manteau du quotidien. Il finit par tomber quelques minutes plus tard, sur le bord du chemin, sans que l’Un ou l’Autre ne se retourne.
Le sentier de terre légèrement humide assourdissait les pas et rendait la marche plus agréable, ainsi que les fines gouttelettes d’eau qui semblaient être suspendues entre les branches et les aiguilles des arbres. [3] Le silence n’était troublé que par les brefs sifflements des oiseaux qui s’envolaient, invisibles, et par les crissements des ailes de la multitude d’insectes rampants, volants ou sauteurs. Au loin le tintement d’une cloche tentait de se faire entendre à travers le ruissellement de l’eau en contrebas. Ce bruit aurait dû alerter les deux amis, mais les odeurs enivrantes des fleurs et des épineux avaient déjà fait leur effet sur leurs esprits. Leurs jambes les guidaient tandis que leurs têtes se perdaient à contempler toutes ces beautés cachées. Lequel des deux pouvait alors se douter de ce qu’ils allaient découvrir par la suite, du nombre de fois que le mot « Plouf » aurait pu se faire entendre, de la palette de sentiments par laquelle leur esprit allait être peint et repeint ? [4][5]
Pour le moment il n’y avait que les arbres, le chemin, et les quelques personnes qu’ils doublèrent. Non pas qu’ils allaient rapidement : leur pas était souple et agile, déterminé aussi, ils se laissaient simplement emporter par ce qui a déjà été décrit. Une rencontre fortuite mais prévisible survint pourtant. Les deux compères avaient repris leur discussion d’un ton joyeux mais respectueux de la nature, et ils s’apprêtaient à arriver à la lisière de la forêt, là ou les arbres disparaissent d’un seul coup avant de revenir, plus esseulés, quelques pas plus loin. Au détour d’un virage, ils levèrent les yeux vers la butte qui s’élevait à leur droite, conscients au même instant d’être observés dans leurs moindres faits et gestes. Un peu plus haut se trouvait parqué un troupeau de moutons dont les cloches résonnaient alors plus fort, et une cinquantaine de pas en-dessous était allongé sur l’herbe, prenant le soleil, un magnifique patou. Arrêtons-nous quelques instants sur cette créature, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un des gardiens les plus redoutables. D’apparence aussi calme qu’un épagneul, son poil long et blanc virant au beige donne aussitôt l’envie de le caresser. Grave erreur ! Car sous ses airs de bon compagnon se cache une bête prête à tout pour défendre son troupeau. Hommes, chiens, meute de loups, rien ne lui résiste, rien ne lui fait peur. L’animal cache une puissance et une hargne presque sans égales dans le règne canin.
Sachant tout cela, nos deux randonneurs passèrent leur chemin tranquillement, sans faire le moindre mouvement vers le gardien ou son troupeau, ne s’étonnant qu’à moitié de ne pas voir de présence humaine à ses côtés. Leurs paroles s’orientèrent alors vers l’animal, vers ses qualités de protecteur et, qu’on ne s’y trompe pas, vers son esprit joueur et affectueux quand il n’était pas affecté à sa tâche. Quel contraste, quelles facettes si antagonistes dans un chien à la gueule d’ange, dans cette peluche vivante plus grande qu’un enfant ! [6]
Le chemin se poursuivit, plus humide, plus rapproché de la rivière, en contrebas. De petites gorges avaient été creusées par l’eau qui formait de petites cascades, rapides et autres tourbillons. [7] Une butte, une énième butte apparut sous les pas de l’Un et l’Autre, et leur joie se teintait de résignation à voir encore le même paysage derrière, les mêmes arbres, la même butte qui suivait, le même chemin de terre. [8][9][10] Le paysage tardait à changer, il était encore loin le moment où il deviendrait lunaire, mais avant ils avaient envie de voir autre chose, quelque chose à laquelle ils ne s’attendaient peu ou pas.
Ils firent donc les pas qui les séparait de cet obstacle en silence devant la pente qui s’accentuait et cachait un peu plus la suite. [11] La rivière s’écoulait désormais directement à leur gauche, et du haut de la courte montée l’eau semblait surgir du vide. Ils arrivèrent enfin à ce vide, sauf qu’ils ne pouvaient imaginer une seconde plus tôt ce qu’ils allaient y découvrir…
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