-
-
> Chapitre 1 : « Enfance » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
|---|---|
| Publié : le 15/07/2007 à 19h00 - Mise à jour : le 24/02/2008 à 20h56 - Commentaire(s) : 8 - Lecture(s) : 1192 - Chapitre(s) : 4 - Mots : 7574 - Complet : oui - AMR : 12 - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 1 | Publié : le 15/07/2007 à 19h00 - Modifié : le 18/05/2008 à 11h41 - Commentaire(s) : 9 - Lecture(s) : 873 - Mots : 1692 |
Le nécromant
|
Résumé : Voici l'histoire de Ceyel Morniar, nécromancien de son état... |
Enfance
Mon histoire commence il y a maintenant vingt-six printemps lorsque ma mère mourut en me mettant au monde. Je poussai mes premiers cris dans les bras de ma grand-mère, celle-là même qui m’éleva pendant mes six premières années. De mon père, je ne sais rien. On ne m’a jamais rien dit sur lui.
images/uploads/0016708001210676837.jpg
J’ai comme tout le monde très peu de souvenir de ma petite enfance jusqu’à un moment précis qui marqua un tournant. J’avais six ans et je vivais donc avec ma grand-mère dans sa petite ferme. Nous avions un chat que j’aimais beaucoup et qui s’appelait Charbon. C’était un vieux chat tout gris et tout hirsute. Je me le rappelle passant ses journées dans la poussière de la cour à se prélasser au soleil tandis que je tournais autour de lui occupé à mes jeux d’enfant. Or voilà qu’un matin, je trouvais Charbon couché dans une position étrange, le regard vide, dans un recoin de la cuisine. Comme il ne bougeait plus, j’appelais grand-mère. L’examinant, elle en conclut rapidement qu’il était mort et me le dit exactement de cette façon : « Il mort, je suis désolé petit. ».
Je me demandais ce que voulait dire « mort ». Peut-être était-ce une sorte de jeu. Mais grand-mère prit une pelle et emportant Charbon qui ne bougeait toujours pas, elle se rendit au fond de notre petit potager où elle entreprit de creuser un grand trou. Elle y déposa notre chat et commença à lancer de la terre sur lui.
Je me jetai à ses pieds en criant qu’il n’aimerait sûrement pas ça, mais elle m’attrapa par la peau du cou et me ramena à la maison où elle m’enferma. Je la regardai par la fenêtre finir de reboucher le trou en espérant que Charbon n’aurait pas trop peur du noir avec toute cette terre sur lui.
Pendant toute la matinée, grand-mère m’empêcha de quitter la maison en me répétant que Charbon était dans un endroit meilleur et qu’il était sûrement très heureux. Je ne savais pas qu'être dans le terre était un endroit meilleur qu'au dessus d’elle. Et de toute façon, mon chat me manquait.
Aussi dès que je parvins à m’éclipser discrètement pendant que grand-mère allait rentrer les vaches pour la nuit, je me rendis directement au fond du potager. Je m’assis par terre et observai l’endroit où je savais que Charbon était enterré. Doucement, je l’appelai par son nom. Une fois puis deux. Et alors, la terre se souleva et mon chat tout gris et tout hirsute sortit de son trou en ronronnant.
- Que t’es-tu fais aux yeux ? lui demandai-je remarquant que ses orbites étaient entièrement blanches.
Il me répondit par un feulement rauque. Apeuré, je sautai en l’air. Charbon ne m’avait jamais agressé comme ceci. Je dus pousser un cri car grand-mère arriva précipitamment de la maison en appelant mon nom. Son regard se posa sur moi, puis sur le chat couvert de terre qui était toujours hérissé et crachait. Et grand-mère tomba par terre à son tour comme si elle s’était endormie.
Une telle réaction me laissa aussi perplexe que lorsque je l’avais vu enterrer Charbon. Puis quelque part au fond de ma conscience enfantine, une petite voix me dit qu’il y avait peut-être un problème. Ce doute devenant une certitude, je cédai à la panique. Notre ferme se trouvait à quelques pas d’une autre toute aussi petite, c’est là que je me précipitai. La voisine était une femme dont je ne savais presque rien si ce n’est qu’elle me souriait de derrière la barrière qui bordait le chemin. Mais cela ne me retint pas. Je filai tout droit, traversai son jardinet très semblable au notre et tambourinai à sa porte retenant mes larmes autant que possible. Elle m’ouvrit visiblement inquiète de mon attitude. Ses paroles qui se voulaient rassurantes ne firent qu’aggraver mon état de panique. Je parvins tant bien que mal à lui faire comprendre que ma grand-mère était tombé inconsciente dans notre jardin (bien sûr je n’utilisai pas ce mot qui ne voulait encore pas dire grand chose pour moi).
La voisine était quelqu’un d’efficace et d’organisée. Une fois qu’elle m’eut compris, elle ne perdit pas une seconde pour se précipiter chez nous. Je la retrouvai dans notre propre potager agenouillée à coté de grand-mère, la main sur son front et penché sur elle comme si elle voulait lui donner un baiser.
- Ca va, elle respire encore, me dit-elle.
Ce fut plus le ton que les paroles elle-même qui me calmèrent. Elle porta grand-mère à l’intérieur et l’allongea sur son lit.
- Tu vas rester avec elle petit, dit-elle ou bout d’un moment. Je vais aller chercher un médecin au village.
Le « village » c’était un petit hameau à moins d’un kilomètre de nos fermes où vivaient surtout des bûcherons. Je le savais car l’un deux venait une fois par mois apporter des provisions de bois chez nous.
Je restais donc auprès du lit de grand-mère. Pour moi elle semblait dormir mais d’un sommeil agité. Elle remuait et marmonnait par instant et ça me faisait peur. Mais je n’eut pas à attendre très longtemps. Elle se réveilla brusquement avec un sursaut et parut un moment ne plus savoir où elle était. Puis un éclair passa dans ses yeux, suivit aussitôt par une expression de colère et de peur telle que je ne lui en avait jamais vues. Elle se tourna lentement vers moi.
- Toi ! hurla-t-elle me faisant sursauter. Qu’as-tu donc osé faire à ce chat !
Je ne réussis qu’à me mettre à pleurer. J’aurais voulu qu’elle me prenne dans ses bras pour me consoler comme elle le faisait souvent, mais au contraire elle me chassa hors de sa chambre puis hors de la maison en continuant à me hurler dessus le visage déformé par une telle rage que je ne la reconnaissais plus. Je pris la fuite. Mais je n’allais pas loin. J’atterris bientôt dans les bras de Tom le bûcheron qui s’occupait d’approvisionner nos fermes. Il remontait le chemin avec le médecin et la voisine. Il m’attrapa et me maintint fermement dans ces bras en me ramenant jusqu’à la maison.
- Lâchez ce monstre ! hurla grand mère en me voyant !
Je me dis que le moment était idéal pour piquer une crise et j’y mis tout mon cœur car j’étais réellement effrayé et perdu. Je criais, pleurais et me débattais tant que Tom finit par effectivement me lâcher. J’atterris dans la poussière de notre petite cour et restai hagard quelques instants. Le choc avait été plutôt violent. J’eus à peine le temps de me remettre et de recommencer à pleurer et à crier que Grand-mère fut sur moi, m’attrapant par le col et me secouant comme un prunier. Elle avait le visage déformé par une expression à mi-chemin entre la haine et la folie où on pouvait aussi lire une terreur panique que je ne pus déceler que plus tard avec du recul. A nouveau choqué, je me laissai faire. Elle ne me faisait pas vraiment mal, mais ce n’est jamais agréable d’être ainsi malmené. Aujourd’hui encore, je garde un souvenir particulièrement déplaisant de cette dernière rencontre avec Grand-mère.
En tout cas, je finis par me retrouver assis à la table de la cuisine, devant la cheminée éteinte pendant que toutes les autres personnes présentes dans la pièce hurlaient les unes contre les autres essayant de produire plus de son que son voisin. A ce petit jeu, ce fut Tom le plus doué et il finit par se faire comprendre. Mais manque de chance pour moi, Grand-mère parvint enfin à se calmer et à raconter la raison de son attitude. Résultat, la voisine portant sa main devant sa bouche et fit un signe bizarre devant sa poitrine. Tom qui tenait le dossier de ma chaise lâcha tout et recula contre le mur en mettant le plus de distance entre lui et moi tandis que le médecin interrompait l’examen de Grand-mère pour tourner vers moi ses yeux gris.
Je fus bon pour un nouveau concert de hurlements, de cris, de protestations. Grand-mère, à ma grande frayeur voulait me jeter hors de la maison. Tom proposa même de me fracasser le crâne de sa hache.
De nouveau terrorisé, je tentai de fuir mais la porte était verrouillée et le temps que je parvienne à l’ouvrir, le médecin m’avait attrapé par la taille et remis sur ma chaise. C’était un homme bien ce médecin, en tout cas, c’est la première impression qu’il me fit. Il parvint à calmer tout le monde, y compris moi et à empêcher Tom de courir chercher sa hache. On m’envoya dans ma chambre et on m’y enferma. Encore tremblant, je restai immobile au milieu de la pièce, incapable même de pleurer alors que j’en mourrais d’envie. J’ignore combien de temps s’écoula, mais finalement c’est le médecin qui vint m’ouvrir et qui m’annonça que je partais avec lui pour un voyage. Un peu de ma curiosité enfantine se réveilla et je demandai où nous allions.
- Loin d’ici et des superstitions des bonnes gens, répondit-il.
Je ne compris pas tout mais je consentis à le suivre. Je n’avais plus envie de revoir Grand-mère qui me faisait maintenant horriblement peur. De même, je crois qu’encore aujourd’hui, je pourrais difficilement me retrouver dans la même pièce que Tom le bûcheron sans éprouver quelques traces de ma frayeur d’alors.
Je ne revis ni l’un ni l’autre en sortant de la maison sur les pas du médecin serrant contre moi mon manteau de laine. Un instant je me demandai où était passé Charbon, mon vieux chat tout gris, mais comme il était la cause de tout ce remue-ménage, je me dis que je préférais le voir lui aussi disparaître.
Nous avions quitté ma maison depuis plusieurs jours lorsque que j’appris enfin le vrai nom de l’homme que j’appelais le médecin. Contrairement à une idée qui avait trotté un moment dans ma tête nous ne nous étions pas rendu au village. Il avait obtenu de Grand-mère suffisamment de nourriture pour partir immédiatement et il n’avait pas hésité. Prenant plein sud à travers la campagne, nous avions marché des heures et des heures jusqu’à ce que je me mette à bouder et à refuser d’avancer. A ce moment, il m’avait attrapé et hissé sur ses épaules puis il avait continué. Nous avons dormi cette nuit là au bord d’une très large rivière et j’étais abasourdi par sa taille. Je n’avais jamais vu autant d’eau. Le médecin s’était moqué de moi en m’assurant que le Brenant (le fleuve que j’avais sous les yeux) n’était qu’une goutte d’eau comparé à l’océan. Je demandai ce qu’étais un océan mais il se contenta de m’assurer que je le saurais bientôt. Ça suffit à attiser ma curiosité. Les deux jours suivant nous suivîmes le cours du fleuve en le descendant. A force de méandres et de détours, il coulait lentement vers le sud. Je ne sais plus exactement depuis combien de jours nous marchions quand le médecin me demanda de cesser de l’appeler comme ça. S’il était vraiment médecin de formation, ce n’était pas de ce métier qu’il avait vécu pendant ses jeunes années et il n’aimait pas le terme.
« C’est très loin de ce que je suis réellement » m’assura-t-il. « J’aimerais donc que tu m’appelles Théodore. C’est mon vrai nom. Enfin, autant qu’un nom puisse être vrai. »
Ma question sur son véritable métier ne trouva pas de réponse, mais il me donna son age : cinquante et un ans.
J’en avais marre de marcher tous les jours et j’obligeais Théodore à me porter de plus en plus souvent lorsque quelque chose d’intéressant se produisit enfin. J’étais une nouvelle fois monté sur les épaules de mon guide et je vis soudain une immense étendue d’eau droit devant moi. Le fleuve y courait tout droit. Dire que je fus impressionné est trop faible. Je ne trouve pas les mots pour décrire l’intensité de mon émotion mais une bonne dose de ce que je ressentais pouvait être qualifié de terreur panique. Ce fut mon premier contact avec l’océan et il me laissa un nouveau souvenir désagréable. Depuis, je n’aime plus vraiment l’eau et encore moins les bateaux.
Il y avait une ville au bord de l’eau. Théodore me la présenta comme Bardavia. Un porc me dit-il. Un très grand porc. Je ne vis rien d’un cochon dans cette ville mais il me corrigea. On disait un port certes mais rien à voir avec l’animal. C’était un endroit où il y avait des bateaux pour aller sur l’océan.
Mon guide avait une maison à Bardavia et c’est là qu’il m’emmena. Une grande et belle maison, propre, chaude et confortable. Il m’installa avec lui dans cette maison et c’est là qu’allait se dérouler le reste de mon enfance.
© tous droits réservés. Le texte ne peut être reproduit sans le consentement de Nataniel
| Commentaires | Favoris et notifications | Corrections |
|---|---|---|
| Images | Impression | Gestion |
Vous ne pouvez pas modifier cette histoire. | |