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> Chapitre 2 : « Némée » - 
| L'histoire | Ce chapitre |
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| Publié : le 06/01/2009 à 07h18 - Mise à jour : le 16/03/2009 à 00h07 - Commentaire(s) : 2 - Lecture(s) : 5231 - Chapitre(s) : 9 - Mots : 7378 - Complet : non - AMR : Tous publics - Favorite de : 0 - Abonnés à l'histoire : 0 | Publié : le 06/01/2009 à 07h18 - Modifié : le 06/01/2009 à 14h23 - Commentaire(s) : 0 - Lecture(s) : 391 - Mots : 897 |
Nous sommes en 394 avant J.C., la guerre du Péloponnèse s'est achevée dix ans plus tôt mais les anciennes rivalités entre cités ne se sont pas achevées pour autant. La Grèce est pleine de soldats citoyens et de mercenaires combattant pour une misérable solde. Surtout nombreux sont ceux à ne plus supporter la domination spartiate imposée grâce à l'aide du Grand Roi de Perse. Plusieurs cités parmi les plus importantes se révoltent, y compris les anciens alliés de Sparte. Athènes rétablit sa ligue de Délos, reconstruit une flotte, relève une armée. C'est dans cet univers que nous plongeons.
Némée
Immobiles, ils contemplaient la plaine devant eux. Cette étendue herbeuse, à peine mille pas, qui les séparait de leur destinée. mille pas, quelques instants, à peine le temps d'une prière. Une prière aux dieux immortels, à peine plus utile que les années d'entrainements passées avec les camarades de l'enomotia, avec les amis de pentekostis, avec les frères de la lochos, avec les concitoyens de la polis.
La polis. Sparte. La ville la plus glorieuse de toute la Grèce, celle dont le passé sans tâches est fait de triomphes sur ses adversaires. Sur les barbares, comme à Platée où lors des campagnes qui suivirent la longue guerre contre Athènes. Sur les Hellènes eux-même, leurs frères de sang : que ce soit sur les Mésseniens, devenus ces serfs que l'on appelle hilote et qui assurent aux guerriers leur subsistance, ou sur les Athéniens, les maîtres des mers vaincus au terme de plusieurs décennies de combats acharnés qui conduisirent la cité au bord de la ruine avant que l'or barbare justement ne permette la victoire finale d'Aegos Potamos.
Mais aujourd'hui l'hégémonie de Sparte est menacée. Athènes, l'ennemie de toujours, et Corinthe, l'alliée aux ambitions trop grandes, et Argos la voisine trop puissante, se sont révoltées. Thèbes la lointaine, autrefois alliée de Sparte grâce à la haine qu'elle portait aux Athéniens, est aujourd'hui devenue hostile.
Ce sont quelques 18 000 hoplites et autant de peltastes qui se pressent en huit rangs sur un long front, l'aile droite dominée par les 6000 lourds boucliers de bronze frappés du lambda de Lacédémone, ce symbole qui fait trembler la Grèce depuis des décennies. Face à eux ce sont 24 000 hopplites coalisés appuyés par autant d'infanterie légère et 1500 cavaliers qui s'apprêtent à attaquer l'armée venu du fond du Péloponnèse.
Chilon est fier d'appartenir à l'armée spartiate. 23 ans et déjà il était dans sa seconde campagne après celle menée l'année précédente sous les ordres de Pausanias, le traître qui par son retard provoqua l'humiliante défaite de Lysandre, tué par les thébains. Il n'a pas eu à combattre durant ces campagnes, juste à récupérer les corps des spartiates et de leurs alliés vaincus sous les murs d'Haliartos. Cette année il espère bien venger cette humiliation en écrasant les thébains et leurs alliés.
L'herbe, sur les bords de la rivière Némée asséchée, est jaunie par le soleil. Bientôt elle sera couverte de sang. Cela n'inquiète pas Chilon. Les moires ont tracé depuis longtemps son destin, il l'accomplira sans se rebeller, tout comme il accomplit les ordres des anciens de sa cité. Sparte, l'austère Sparte, la ville dont l'écrivain athénien dit qu'elle ne laisserait pas de traces dans le sol si elle venait à disparaître... Absurdité, comment pourrait-elle disparaître ? Sparte est éternelle, invincible. La défaite d'Haliartos ne fut pas une défaite spartiate, même si un général de la cité commandait l'armée. Ce n'étaient que des alliés, presque des périèques ou des hilotes, pas de véritables soldats entraînés depuis leur plus jeune âge aux rigueurs de la guerre.
Il fait chaud sous le soleil de Grèce. Très chaud. L'attente avant la bataille est toujours la phase la plus éprouvante lui ont dit les anciens. Il veut bien le croire. Tournant la tête, il fait un signe à Théodoulos, son hilote. Ce dernier s'approche et lui tend l'outre de vin qu'il porte pour parer à de tels besoins. Ce vin spartiate, un vin rouge épais, pratiquement pas coupé. C'est bien, il n'en aura que plus de force pour la bataille.
La bataille. Cette marche au pas rapide vers l'ennemi, en formation, la ligne des boucliers maintenue pour protéger ses amis, la lourde lance bien en main pour frapper l'ennemi par dessus le mur de boucliers. Il sera en première ligne, pressé contre l'ennemi par ses camarades : il ne reculera pas, il ne cedera pas, il pressera jusqu'à faire se rompre le mur de la phalange ennemie. Quand sa lance sera brisée il se saisira de son épée, la redoutable épée spartiate à bord dentelé, terreur des ennemis de la cité depuis des siècles déjà.
Quelle chaleur. Voilà qu'il a besoin d'uriner maintenant. Il n'est pas le seul d'ailleurs, partout autour de lui s'élève l'odeur melée de la sueur et de la pisse. Bien sur on n'ôte pas son armure pour si peu, on se contente de pisser sur place. Et tant pis si le sol devient boueux, ce n'est pas sur ce sol que l'on combattra. Et puis, de toute façon, le sang de l'ennemi rendra aussi boueux le sol au point de contact.
Voilà Aristodemos, son manteau rouge et le plumet de son casque s'agitant fièrement à chacun de ses mouvements. Il a une prestance, une allure incomparable cet hegemon. Va-t-il parler ? Va-t-il faire un discours ? Sans doute pas. Ce n'est pas l'habitude des laconiques spartiates. Les discours sont la spécialité des athéniens, pas des lacédémoniens.
Les athéniens. De bons adversaires. Mais là, sur le flanc gauche de la formation ennemie, face à l'élite de Sparte, ils n'ont aucune chance. Surtout que les phalanges dérivent toujours vers la droite, les athéniens seront donc débordés. Bien, ils ne pourront résister et leur défaite signifiera celle de la coalition : leur phalange se désagrégera et il suffira ensuite de le poursuivre et de les abattre comme des chiens.
Que ce passe-t-il ? Quel est ce frisson qui passe à travers de la masse compacte de la phalange ? Le signal ? Déjà ? Bien, marchons. Soyons dignes de notre patrie. Zeus protecteur, soit à mes côtés. Athena poliade, protège ma cité, protège ses guerriers. Arès guerrier, donne moi ta force et ton courrage. Allons à la guerre.
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